D'autres fibres végétales sont utilisées
par l'homme : des fibres de tiges telles la ramie, le jute, le kénaf
(Hibiscus), le genêt, le chanvre de Sunn; des fibres de feuilles
telles le raphia, certains palmiers, le sisal, l'abaca, l'alfa ; des
fibres de fruits telles le coco et le kapok.
La ramie
Les fibres des tiges de la ramie ( Boehmaria
nivea (L.) Gandisch, Urticaceae, "ortie de Chine") sont constituées
de cellulose quasi pure de très bonne qualité, et utilisées
pour le tissage et la fabrication de papiers résistants. Les
fibres sont longues (50 à 250 mm), très solides (un fil
ne peut être cassé à la main), imputrescibles,
brillantes de sorte que les étoffes rappellent la soie et ont été
qualifiées de "soie végétale". Depuis
longtemps, les Chinois utilisent la ramie comme fibre textile. En Europe,
la ramie sert à fabriquer des étamines (toiles très
fines) utilisées dans l'industrie fromagère pour égouter
certains fromages. Les fibres de ramie entrent en faible proportion
dans la fabrication du papier monnaie pour la Banque de France.
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Coupe
transversale d'une tige de ramie colorée au carmin vert
d'iode. On voit à gauche en vert le xylème
primaire et à droite les faisceaux de fibres à paroi
rose épaissie. |
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| Détail d'un faisceau de
fibres colorées au carmin vert d'iode à gauche et
vues en lumière polarisée à droite. |
Le jute
Le jute (deux espèces cultivées, Corchorus
olitorius L., et C. capsularis L., Tiliaceae, "chanvre du bengale")
est fortement lignifié, robuste, sert à fabriquer des
sacs solides (pour le charbon, les pommes de terre), et des semelles
d'espadrilles.
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Toile de jute. |
Détail. |
Petit sac en jute. |

Le kénaf
Le kénaf ou chanvre de Deccan est un Hibiscus
cannabinus L. ou H. sabdariffa L. (famille des Malvaceae), plante
annuelle à tiges épineuses de 2 à 4 mètres
qui pousse essentiellement dans les zones tropicales humides. La
récolte a lieu en novembre et décembre après
les premières gelées lorsque la tige a perdu ses feuilles.
Sa culture fait l'objet de recherches. Ses fibres peuvent être
utilisées :
pour la pâte à papier (c'est une bonne fibre papetière)
pour la fabrication de cordes, de canevas (géotextile), de
substrat horticole, d'emballages, de panneaux de particules.
Le raphia
On extrait de la feuille de raphia, généralament
R. ruffia (Arecaceae ou Palmaea) des lanières de fibres sous-épidermiques
avec lesquelles on fabrique des nattes, des liens (horticulture), des
chapeaux, des mules, des objets décoratifs.
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Liens en raphia pour
le jardinage. |
Dessous de plat en raphia. |
Détail. |
"paja toquilla"
Les feuilles d'un palmier : Carludovica palmata (Cyclanthaceae)
d'Amérique du Sud communément appelé "paja
toquilla" sont utilisées pour fabriquer le célèbre
chapeau de Panama. Cette palme tropicale pousse dans une vaste zone
qui va des contreforts des Andes sur la côte du Pacifique jusqu'à
l'Amazonie. Les jeunes feuilles sont soigneusement lavées, séchées,
découpées en lanières et tissées entièrement
à la main de façon centrifuge. Les premières exportations
vers l'Europe se firent au départ de Panama, d'où la
dénomination
"erronée" puisqu'ils sont fabriqués en Equateur.
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Palmier "Cardulavia"
d'où provient la paja toquilla qui est utilisée pour
le tissage du Panama (Cliché M. Mouret, Avignon). |
Tisseuse de chapeau dans
la région de Manabi, près de Montecristi en Equateur
(Cliché M. Mouret, Avignon). |
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Tout début
du travail de tissage d'un chapeau de Panama Montecristi extrafin
(Clichés Ecuador, Nice). |
Le tissage du chapeau se fait toujours à la main, de façon
centrifuge. C'est un ouvrage extrêmement délicat et long
qui nécessite plusieurs semaines de travail. On distingue les
Panama Montecristi, les P. Cuenca, les P. Brisa qui sont tissés
de 3 façons différentes.
Montecristi est le centre artisanal des panamas les plus fins (les
fibres fines permettent un tissage plus régulier) qui sont tissés
debout, comme sur la photographie ci-dessous.
Cuenca est la troisième plus grande ville d'Equateur et le centre
industriel des Panama. A Cuenca, on tisse assis et la façon
d'enchevêtrer les fibres (le tissage) est particulière
et donne un aspect croisé.
Le terme Brisa ne correspond pas au nom d'une ville mais uniquement
à une façon de tisser.
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Le tisseur de Panama
travaille debout, penché sur l'ouvrage.
Le tissage présente un aspect en chevrons. |
Intérieur d'un
Panama Montecristi extrafin. |
(Clichés
Ecuador, Nice). |
La fabrication traditionnelle du chapeau de Panama est réalisée
en Equateur et principalement dans les provinces de Manabi, Azuay et
Canar. Ce chapeau peut être plié, il se dépliera
en retrouvant sa forme. Il peut être lavé et repassé,
mais ces opérations doivent être pratiquées par
des professionnels. Sa couleur ivoire ou blanche, sa texture, son confort
et sa fraîcheur en ont fait un chapeau prestigieux porté
par des personnalités du monde entier.
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Chapeau de Panama tissé en Equateur,
mis en forme et garni par dbm-chapelier, Saint Maur La Varenne.
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Chapeau de Panama indéformable,
il peut être plié (Cliché dbm-chapelier). |
Le sisal
Parmi les Monocotylédones, sont également
utilisés par l'homme le sisal et l'abaca. Du sisal (Agave sisalana
(Engelm.) Perinne, Amarylidaceae) qui pousse au Mexique, sont extraits
et isolés par broyage les faisceaux de fibres des feuilles qui
seront filées, tissées, manufacturées en sacs,
hamacs, stores, cordages, nattes d'aspect brillant. D'autres espèces
d'Agave sont aussi utilisées pour leurs fibres. Les Aztèques
savaient déjà utiliser le sisal pour en faire du papier,
du fil à coudre, des cordes, des nattes et des chaussures. Ces
fibres sont résistantes et faciles à teindre.
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Tapis de
sisal. Echantillons Acanthe-sol.
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L'abaca
L'Abaca ou chanvre de Manille est un bananier textile
(Musa textilis Nee, Musaceae) qui pousse aux Philippines : les fibres
dans les gaines foliaires forment un pseudo tronc très recherché
pour la fabrication de cordages légers et insubmersibles, et
aussi de rabanes, nappes, stores, vêtements.
Le jonc
Sous le nom générique de jonc, les tiges
de nombreuses espèces de Scirpus sp. (Cyperaceae) ou Juncus
sp. (Joncaceae) sont utilisées comme liens, ou tressées
en ouvrages de vannerie (tapis, dessus de chaises, corbeilles ...).
Les joncs, plantes herbacées à tiges droites et flexibles
poussent dans les zones humides et marécageuses.
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Joncs en bordure d'étang. |
Joncs. Scirpus lacustris L.
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Jonc de mer. Echantillons
Acanthe-sol. |
Jonc de mer détail.
Echantillons Acanthe-sol. |
L'alfa
L'alfa, Stipa tenacissima L., est une plante herbacée
(Graminées) d'Afrique du Nord et d'Espagne (ou spart) utilisée
pour la fabrication de cordages, d'espadrilles, de tissus grossiers,
de papier, tapis, paniers. D'une façon générale,
la fabrication d'objets en fibres végétales se nomme
sparterie.
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Nappe alfatière.
(cliché Meriem Kaid-Harche) |
Inflorescences d'Alfa.
Attention les petites fleurs blanches sont celles d'une Crucifère
qui pousse mêlée à l'alfa ! (cliché
Meriem Kaid-Harche) |
Le Phormium ou "lin
de Nouvelle Zélande"
Le Phormium tenax (famille des Agavaceae) ou "lin de Nouvelle
Zélande" est une plante des zones marécageuses
à fleurs blanches. Ses longues feuilles (jusqu'à 3
mètres de long) sont emboîtées en éventail.
Les Maoris en utilisent les fibres pour confectionner des nattes,
des paniers et des vêtements après tissage.
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| Pied de Phormium
tenax. |
Détail des feuilles. |
Surface foliaire. |
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| Coupe transversale d'une feuille
de Phormium au niveau de la nervure médiane. On
distingue la nervure médiane à droite et une
petite nervure secondaire en haut. Les fibres sont colorées
en vert (coloration par la thionine). |
Faisceau de fibres d'une nervure
latérale, observé en contraste de phase. |
Les fibres
de coco
Dans la noix de coco, Cocos nucifera L. (Arecaceae ou
Palmaea) , fruit (drupe) du cocotier (palmier tropical) on utilise
les faisceaux fibreux du mésocarpe. Ces fibres sont soumises à
un rouissage, un battage, un cardage, un lavage et un séchage.
La fibre de coco est grossière et raide. Une fois les fibres
filées et tissées, on fabrique des cordages, paillassons,
tapis brosse, tapis de cirque robustes et imputrescibles.
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Tapis de
sisal et coco.
Echantillons Acanthe-sol.
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Le kapok
Dans le kapok, Ceiba pentandra (L.) Gaertn ou Eriodendron
anfractuosa DC, (Bombacaceae), c'est la capsule qui fournit un duvet
léger autour des graines. L'arbre est le kapokier (anciennement
nommé kapotier) qui pousse aux Indes, à Java, en Afrique
et en Amérique du Sud.
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Un
kapotier : Eriodendron anfractuosum, Iles Bahamas. |
Gousse
d'Eriodendron ouverte à maturité. Les
fibres de kapok s'en échappent. |
Dessins reproduits
du "Traité scientifique et industriel des plantes
textiles, Les kapotiers et succédanés, Culture
et exploitation", Société de propagande coloniale,
publication de la section spéciale des Cultures Coloniales,
Paris, 1927. |
Les capsules sont ouvertes à la main et égrenées,
le kapok est comprimé en balles pour le transport. La fibre
est légère, imputrescible et absorbante, utilisée
pour le rembourrage des engins de sauvetage (ceintures, gilets, bouées),
de vêtements (en Chine), des coussins ou de la literie, l'emballage,
ou encore mélangée à du coton pour la fabrication
des entre-doublures (ouatine).

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