On connait actuellement près de 500 homéoprotéines
différentes appartenant au règne animal et qui se répartissent
en une trentaine de familles. On convient que des homéoprotéines
appartiennent à la même famille lorsque leur homologie
est supérieure à 60%.
Ceci veut dire que la structure des homéoprotéines est
très conservée entre les espèces. On peut donc
s'attendre à ce que leur fonction le soit également.
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- 7.1-Gènes Hox
Le rôle des complexes Hox et Hom-C dans le développement
embryonnaire apparaît être très ancien. Les gènes
de la souris et de la drosophile sont similaires en ce qui concerne
leur séquence codante et leur ordre sur le chromosome (fig.
11).
Chez la souris ainsi que chez la drosophile, ces gènes homéotiques
sont impliqués dans le positionnement et l'identité cellulaire
le long de l'axe antéropostérieur. Or, des complexes de
gènes similaires ont été et sont actuellement trouvés
dans tous les modèles animaux étudiés (fig. 12).
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| Figure.12. Schéma
évolutif des gènes homéotiques Hox et Hom-C
à partir d'un ancètre commun hypothètique.
Des duplications de gènes du
complexe ancestral auraient évolué pour donner soit
le complexe Hom-C à l'origine des arthropodes (drosophile),
soit le complexe Hox chez un ancêtre des vertébrés
proche du chordé actuel Amphioxus. Au cours de l'évolution,
deux duplications chromosomiques auraient ainsi créé
les complexes que l'on connaît chez les vertébrés
actuels (souris). |
La parenté génétique des complexes Hom-C de la
drosophile et Hox des vertébrés est attestée par
les expériences de transgenèse interspécifique.
1-Une première méthode
consiste à corriger une mutation léthale chez la
drosophile en remplaçant le gène muté par son homologue
provenant d'une espèce éloignée.
Par exemple, le gène labial (lab) est nécessaire à
la morphogenèse normale de la tête d'une mouche. Sa mutation
entraine une hypomorphose céphalique causant la mort de l'animal.
On dit que la mutation est léthale. Or, il a été
montré que la substitution du gène lab muté par
le gène Hox.b-1 du poulet restaure la morphogenèse normale
de la tête de la mouche.
2-Une deuxième méthode
consiste à tester la capacité des gènes Hox de
vertébrés à induire des phénotypes homéotiques
lorsqu'ils sont exprimés au cours du développement embryonnaire
de la drosophile. Il est ainsi possible d'éprouver la similarité
fonctionnelle des gènes Hom-C et Hox.
Par exemple, le gène Hoxb-9 de la souris, inséré
par transgenèse chez la drosophile, entraine la transformation
des antennes en pattes thoraciques.
Ceci signifie que la fonction du gène murin Hoxb-9 peut se substituer
à celle du gène antennapedia dans l'identité segmentaire
de la drosophile. De plus, l'obtention du phénotype caractéristique
d'antennapedia implique que le gène murin
Hoxb-9 régule de la même manière que son homologue
les gènes situés en aval de celui-ci (Figure.13).
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| Figure 13. Face antérieure
d'une tête de Drosophile de type sauvage et transgènique.
Chez le sauvage, l'antenne est terminée
par un segment filiforme appelé arista (flêche rouge).
Chez le transgènique, l'antenne est terminée par un
segment de type tarsien (flèche rouge) prolongé par
des griffes (flèche bleue) conformément à l'anatomie
d'une patte thoracique. (d'après Malicki et al., Mechanisms
of Development, (1993), 42, 139-150). |
On pourait ainsi multiplier les exemples où un gène de
vertébré peut opérer une substitution fonctionnelle
de son homologue d'insecte puisque même des gènes homéotiques
humains ont fonctionné avec succés.
D'une manière générale, un gène homéotique
de vertébré possède son homologue chez les insectes.
Inséré par transgenèse interspécifique dans
le gènôme de la drosophile, le gène homéotique
murin ou humain induit des transformations homéotiques semblables
à celles produites par son homologue.
Les résultats de ces expériences renforcent l'idée
que la hiérarchie fonctionnelle des gènes homéotiques
homologues dans les deux grands groupes du règne animal, les
insectes et les vertébrés est conservée. Cette
conservation concerne l'ordre des gènes dans le gènome
et les domaines d'expression spatiotemporels dans l'individu.
7.2-gènes Pax
La conservation fonctionnelle au cours de l 'évolution des
gènes sélecteurs vaut également pour la famille
des gènes Pax. Par exemple, le gène eyeless de drosophile
présente 94% d'homologie avec le gène Pax6 humain. La
mutation de ce gène cause la réduction voire l'absence
complète de l'oeil composé de l'insecte. De même
chez l'homme, il existe une mutation appelée « aniridia
» qui se caractérise par des yeux de taille réduite
et l'absence d'iris. Enfin, chez la souris, on sait provoquer la mutation
de Pax6 qui inhibe la fonction de ce gène. Cette mutation entraine
également la réduction du globe oculaire et l'absence
d'iris.
Ceci montre à l'évidence que la fonction du gène
Pax6 des mammifères et celle deson homologue eyeless des insectes
constituent un exemple remarquable de la conservation des gènes
sélecteurs à travers le règne animal.
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