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L'existence d'une réponse gravitropique chez les végétaux,
qui correspond à une croissance dirigée de certains
organes (tige, racine) selon le sens de la force de gravitation, suppose
qu'il existe un ou des systèmes pouvant percevoir le stimulus
gravitropique au sein de la plante. Nous considérerons plus
particulièrement dans la suite de l'exposé le cas des
racines.
Localisation des récepteurs au stimulus
gravitropique dans la racine
C'est Darwin (1881) qui le premier a montré où sont localisés
les percepteurs du stimulus gravitropique dans les racines des plantes.
Il réalise une expérience chez le ma«s (Zea mais),
plante dont la coiffe racinaire se détache du reste de
la racine sans entra”ner de lésion des tissus du corps racinaire.
Il apparaît donc que l'un des éléments contenus
dans la coiffe racinaire intervient dans le gravitropisme. La force
due à la gravité est susceptible de déformer ou
de déplacer tous les éléments possédant
une masse. Donc un dispositif biologique susceptible de percevoir ce
stimulus devrait obligatoirement contenir un ou plusieurs éléments
pouvant se déformer ou se déplacer et agir ainsi sur un
récepteur cellulaire.
Des études cytologiques on permis de montrer que la coiffe
racinaire était composée de différentes zones
: une zone centrale, la columelle, entourée de cellules
périphériques.
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Section longitudinale
axiale dans une pointe racinaire de Lentille (Lens culinaris).
Coloration au bleu de toluidine. |
C
: Columelle, contenant les statocytes,
plc : partie latérale de la coiffe. |
Photographies D. Driss-Ecole, laboratoire CEMV, université Paris
6.
Les cellules de la columelle (statocytes) sont
fortement différenciées. Les statocytes sont des cellules
polarisées : si l'on considère une racine dont l'axe est
orienté selon la direction de la gravité, le noyau est
situé dans la moitié supérieure de la cellule,
tandis que le réticulum endoplasmique se trouve au pôle
opposé de la cellule. Ces cellules sont dépourvues de
vacuole centrale. Elles contiennent par contre des amyloplastes volumineux,
dont la densité est plus élevée que celle du cytoplasme.
Dans une racine verticale, les amyloplastes sont sédimentés
sur le côté opposé au noyau.
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Photographie d'un statocyte
lorsque la racine est en position verticale (Lens culinaris, microscopie
electronique).
a : amylopastes
N : noyau
mi : mitochondries
er : réticulum endoplasmique
g : direction de la force de gravitation
Les amyloplastes sont sédimentés en bas de la cellule,
sur le côté opposé au noyau. |
Photographie G. Perbal, laboratoire CEMV, université Paris 6.
Si l'on change l'orientation de la racine, les amyloplastes se déplacent
pour se déposer sur le côté le plus bas de la cellule,
dans sa nouvelle orientation. Par contre la position des autres organites
n'est pas modifiée, au moins à court et moyen terme.
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Photographie d'un statocyte
lorsque la racine est en position horizontale (Lens culinaris, microscopie
electronique).
Les amyloplastes sont sédimentés en bas de la cellule.
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Photographie G. Perbal, laboratoire CEMV, université Paris 6.
...permettant la perception de la gravité
Les amyloplastes volumineux contenus dans les statocytes pourraient donc
par leurs déplacements et leurs changements de position liés
à la gravité représenter la première étape
du système de perception de la gravité chez les plantes.
En relation avec ces propriétés, ils sont aussi appelés
statolithes.
Un certain nombre de résultats expérimentaux appuient
cette hypothèse:
- L'ablation sélective, au laser, des statocytes supprime la
réponse gravitropique sans modifier la croissance, tandis que
l'ablation des cellules latérales de la coiffe est sans effet
sur le gravitropisme.
- Les mutants dont les statocytes contiennent une quantité
réduite d'amidon dans les amyloplastes ont une croissance tout
à fait normale, mais sont moins sensibles au stimulus gravitropique
que les plantes sauvages.
- Le déplacement des amyloplastes au moyen de champs electro-magnétiques
produit une courbure des racines.
Les statocytes, et plus particulièrement les statolithes qu'ils
contiennent, jouent donc un rôle important dans la perception du
stimulus gravitropique. On peut par ailleurs noter que chez certaines
algues (Charaphycées), des particules formées d'un
complexe de protéines, de polysaccharides et de sulfate de barium
sédimentent dans la cellule de façon similaire à
celle des amyloplastes des plantes supérieures et interviennent
dans la perception de la gravité.
Des mécanismes discutés
Cependant, si l'hypothèse des statolithes est séduisante,
certains résultats expérimentaux remettent en cause son
unicité en temps que mécanisme de perception de la gravité.
En effet, des mutants d'Arabidopsis totalement dépourvus
d'amidon ne s'orientent effectivement pas dans la direction du champ
de gravité lorsqu'ils sont placés dans des conditions
normales (champ de gravité terrestre = 1g). Mais lorsqu'ils sont
placés dans un champ de gravité plus intense (10g, obtenu
sur une centrifugeuse), ils s'orientent alors selon la direction du
champ de gravité.
Il semble donc qu'un autre mécanisme de perception, certes moins
sensible que celui lié à la sédimentation des amyloplastes,
intervient lors de la réponse gravitropique.
Une hypothèse, dite de "pression du protoplaste", a été
avancée. Selon cette hypothèse, la masse entière
du cytoplasme participerait à la perception par le biais d'un
dispositif qui percevrait la tension et la compression existant entre
la membrane plasmique et la paroi. Du fait du poids du protoplaste,
cette tension et cette pression ne serait pas égale sur les différentes
faces de la cellule, ce qui fournirait ainsi une information sur la
direction du champ de gravité.
Etant donné que l'existence d'un gravitropisme de la racine
et de la tige est indispensable à la survie de la plante lors
de la germination, et que la gravité est un facteur environnemental
constamment présent, il apparait tout à fait possible
que plusieurs voies de perception du stimulus gravitropique aient été
sélectionnées au cours de l'Evolution, aboutissant ainsi
à l'existence de plusieurs systèmes de perception, au
sein d'un même organisme.