Michel Delarue
Parmi les cigales habitant l'ile de Crête, il en est une présente
en grand nombre sur les oliviers. Le dessin de ses ailes la rapproche
d'une espèce commune sur les côtes méditerranéennes
de l'Europe, Cicada orni, la cigale de l'orne ou cigale grise
(R. Perrier, 1926). Cependant, ses dimensions plus grandes (42 à 43
mm en moyenne contre 36 à 39 mm pour C.orni) et surtout
son chant nettement différent des autres espèces de cigales
environnantes, la distingue comme une espèce à part entière
(J. Carteau et C. Simoes, 2005). Il s'agit de Cicada cretensis dont
les observations suivantes ont été réalisées
dans la région d'Héraklion lors de la première semaine
d'août.
Pendant les nuits d'été, alors que les sols rendent la chaleur du jour, de multiples galeries s'ouvrent à la surface et laissent sortir les larves de cigale qui continuent leur ascenssion vers les troncs et les murs aux aspérités saillantes. Ainsi, sous les palmiers notamment, s'ouvrent une multitude d'orifices qui trahissent l'événement.
Les larves, une fois en hauteur et accrochées aux reliefs verticaux par leurs solides pattes antérieures fouisseuses faisant office de crochets, s'immobilisent et entament leur éclosion imaginale. Les jeunes cigales nouvellement écloses, d'un blanc presque laiteux, restent suspendues à leur exuvie, accrochées par les pattes. Au matin, l'animal a durci sa cuticule, les nervures alaires sont rigidifiées et sa coloration définitive est acquise. les premiers rayons du soleil l'ayant réchauffé, il s'envole pour aller se poser sur les troncs d'olivier qu'il affectionne particulièrement et commence à piquer l'écorce avec son rostre pour en pomper la sève. On découvre alors que de nombreuses exuvies abandonnées au cours de la nuit restent accrochées aux aspérités comme autant de fantomatiques dépouilles inanimées. Toutes présentent cette fente thoracique dorsale, sorte de craquelure béante par laquelle s'est extirpé l'imago encore mou.
Réparties depuis les tronc jusqu'à la cîme des arbres, les cigales crêtoises, comme leurs cousines de l'orne cymbalisent. Ce terme, exprime la vibration d'une membrane comme celle d'un tambour. Or la cigale mâle possède un organe abdominal paire composé d'une membrane dont la vibration amplifiée par une cavité ou caisse de résonnance, est spécifique de l'espèce. Ce sont les cymbales. Le "chant" ainsi produit par les mâles a pour but d'attirer les femelles pour la reproduction.
Les sonogrammes de chaque espèce de cigale contribuent à définir une sorte de "carte d'identité acoustique" (M. Ibanez, 2003). En Crête, le sonogramme de Cicada cretensis se place entre celui de Cicada mordoganensis et celui de Cicada orni (J. Carteau et C. Simoes, 2005), deux espèces cohabitantes . Ceux que nous avons enregistrés début août 2005 aux environs d'Héraklion montrent des similitudes évidentes avec celui de Cicada cretensis.
Références :
Manuel Ibanez, 2003 : http://www.onem-france.org/cigales/files/Expose_Cigales_MI.pdf
Rémy Perrier, 1926, la Faune de la France Illustée, IV, Hémiptères, Delagrave, Paris
José Alberto Quarteau & paula Cristina Simoes, 2005. Cicada cretensis sp. n. (hemiptera, Cicadidae) from southern Greece. Biologia, Bratislava, 60/5:489-494 : http://www.cicadasong.eu/files/article-5.pdf
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