Le genre Dionaea comprend une espèce
unique (Dionaea muscipula Ellis.). Sa répartition est limitée à l'Amérique
du Nord, dans la seule région à la limite du sud de la
Caroline du Nord et du nord de la Caroline du Sud. (aire discontinue
sur un territoire de 45000 km2). Cette espèce est en régression.
Elle pousse sur des sols pauvres en sels minéraux, où
l'eau est généralement accessible aux racines. Comme de nombreuses
plantes carnivores, elle supporte mal la concurrence. En revanche, elle
se développe bien sur des sols soumis à
des feux fréquents.
La Dionée, un exemple de piége
actif à mâchoires.
La rapidité avec laquelle le piège de la Dionée se
ferme a attiré très tôt l'attention. Reprenant des
observations faites avant lui, Charles Darwin (1875) a expérimenté
sur la Dionée.
La surface de la feuille est beaucoup moins sensible au choc, ce qui permet
de la manipuler sans qu'elle se ferme.
Le piège au repos apparaît comme une paire de mâchoires
grandes ouvertes au point d'offrir à la vue une surface horizontale.
Il est garni de dents à la périphérie. La nervure
médiane apparaît comme une charnière autour de la laquelle
les mâchoires s'articulent. En fait ce sont les modifications au
sein des mâchoires qui jouent le rôle déterminant dans
le mouvement des pièges. La nervure médiane ne joue pas le
rôle d’un gond.
Sur chacune des mâchoires du piège, 3 poils rigides sont insérés.
La base rétrécie du poil est constituée de cellules
plus souples.
|
|
Vues de la plante entière. |
|
|
Inflorescence et fleurs de Dionée |
Phase 1 : phase rapide
Très tôt on a décrit plusieurs phases de fermeture.
Elle commence à la stimulation des poils sensibles. Chez un piège
nouvellement actif, ne s'étant jamais fermé auparavant,
la stimulation de celui-ci engendre des transformations. La face supérieure
presque plane de chaque mâchoire devient concave et se rapproche
de la mâchoire qui lui fait face. Les dents marginales rentrent
en contact et deviennent intriquées. A travers la grille qu'ils
forment on peut voir encore l'intérieur du piège.
Pour voir ce phénomène en vidéo
A cette phase rapide succèdent d'autres phase plus lentes qui
s'étalent sur plusieurs heures à plusieurs jours.
Phase 2
Dans les 5 à 30 minutes suivantes, l'espace entre les deux mâchoires
disparaît.
|
|
Attention dans cette série
les pièges photographiés peuvent appartenir à
des feuilles différentes. |
Phase 1 |
Phase 2 |
Phase 3
La bordure des mâchoires (qui maintenant se font face) s'applique
étroitement sur quelques mm. Les dents marginales du bord du piège
se redressent. L'absence ou la présence d'une proie digestible
entraîne des modifications morphologiques du piège.
|
|
Piège en fin de fermeture
Phase 3 |
Après, la digestion, si elle a lieu, se déroule.
La libération d'enzymes est conditionnelle à la présence
de certains stimulus chimiques.(Voir chapitre digestion)
Si le piége est vide ou s'il contient un objet indigeste comme
une bille de verre, il n'y a pas de sécrétion de liquide.
Le piége se rouvre en une journée environ.
En présence d'une proie digestible en contact avec les glandes
digestives, un mucus est secrété qui joue le rôle
d'un joint d'étanchéité. Les parois du piége
s'appliquent étroitement contre la proie. La poche au cours de
la digestion diminue de volume mais elle présente aussi des oscillations
visibles lors de prise de vue en accéléré.
|
|
Piège fermé au cours
de la digestion. |
Le piège ne se rouvre qu'environ deux semaines plus tard.
A partir du stade de fermeture précédant on peut décrire
l'ouverture du piège par une séquence inverse, liés
à des phénomènes de croissance irréversible.
Les parois deviennent plus convexes, les mâchoires s'écartent
tout en restant jointives sur leurs marges. Puis les marges du piège
s'écartent, les dents marginales sont encore contiguës. Enfin
le piège s'ouvre.
Mécanismes possibles de fermetures
du piége.
Les scientifiques se sont posés très précocement
une série de questions. Quel est, ou quels sont les signaux que
perçoivent la plante. Où ? Comment sont ils traduits pour
permettre une transmission et aboutir à une série d'actions
complexes (un mouvement extrêmement rapide de fermeture, puis,
toujours dans ces phases de fermeture, une modification plus lente du
piège. Dans le même temps, la plante distingue la présence
ou l'absence de proie digeste ce qui déclenche ou non une sécrétion
d'enzymes digestives (voir le chapitre digestion) . Enfin le piége
se rouvre.
Lorsque le stimulus est un choc, Comment est il perçu, où
?
Dès 1873, des mesures de potentiel ont été effectuées
parce qu’un signal électrique pouvait à priori expliquer
la rapidité de la fermeture du piège. La fermeture rapide
du piège est corrélée avec le déclenchement
d'au moins deux potentiels d'action (PA). Ces variations de potentiels
se propagent le long des mâchoires.
L'imbibition des pièges par une solution contenant l'ion Lanthane
(La+++) (Hodick et Sievers 1989, Fagerberg 1991), qui est
un inhibiteur des canaux calcium ou la perfusion des pièges par
un puissant chélateur du calcium, anesthésie les pièges
(Hodick et Sievers 1988,) ou encore l'emploi simultané d'un chélateur
et d'un antagoniste des canaux calcium (Fagerberg 1996). Ceci suggère
que le PA est déclanché par l'ouverture de canaux calcium
sensible à des contraintes imposées à la membrane.
L'existence de membranes sensibles aux chocs a été démontrée
chez des végétaux plus simples. Chez des Algues, des Characeae,
on a pu démontrer que ces membranes sont sensibles aux stimulus
mécaniques auxquelles elles répondent par un PA faisant
intervenir des canaux Calcium et une augmentation de la concentration
du cytoplasme en ions Ca++.
Au contact d'une proie, le poil se penche car les cellules constituant
la base rétrécie de son pied sont souples et non recouvertes
d'une cuticule épaisse.

Trois
poils sensibles sur chacune des mâchoires du piège
|
 |
 Détail
de la base rétrécie d'un poil sensible |
|
Détail d'un poil sensible |
|
Une seule stimulation modérée du poil ne suffit pas
à déclencher la fermeture pour une température extérieure
de l'ordre de 21°C (A 31°C il ne faut en général
qu'une stimulation [Brown 1910]). Il est nécessaire que, dans
les 20 secondes qui suivent, le même poil ou un autre poil sensible
soit stimulé pour que le piège se ferme.)
En fait si on augmente l'intervalle de temps (Δt) entre deux stimulations
d'un poil, on peut néanmoins déclencher une fermeture si
l'on augmente le nombre de stimulations. Pour Δt = 60 s, il faut
5 stimulations pour obtenir une fermeture de 100% des feuilles stimulées.
La fermeture dure alors 1s. Si Δt =20 minutes, il faut environ 15
stimulations pour que la fermeture commence et puis environ 1h30 pour
qu'elle soit achevée (Brown 1916). Il a été
suggéré que la nécessité de plusieurs PA
pour une fermeture rapide traduit le fait qu'un seul PA ne libère
pas assez d'ions Ca++ dans le cytoplasme. Ces ions calcium
sont nécessaires aux réactions biochimiques aboutissant
à un mouvement. Il faut en quelque sorte une confirmation d'un
mouvement pour déclencher la fermeture. On peut imaginer que c'est
une protection contre la fermeture à vide du piége. Le
piége peut se fermer selon à des vitesses variables de
1/30ème de seconde à 3 secondes.
Comparaison de la sensibilité au choc
du piège. Où est le récepteur ?
Si l'on considère la cellule avec sa paroi comme un tout, les
cellules ont des sensibilités différentes. La surface du
piège est peu sensible aux stimulations mécaniques
à l'exception des poils sensibles. Les membranes de la base rétrécie
des poils où les cellules présentent le moins de cuticule
sont soumises à des tensions amplifiées par les mouvements
de la partie rigide du poil sensible. (Benolken et Jacobson, 1970. Selon
Hodick et Sievers (1989) la spécialisation du récepteur
ne provient pas de particularité de la membrane plasmique. Cette
étude montre que les potentiels d'actions des membranes des cellules
des différents tissus du piége sont identiques (même
amplitude, même durée dans le temps). La présence
d'une cuticule épaisse, ou la situation en profondeur des cellules
du mésophylle les protégent des chocs. Toutes les cellules
des lobes du piége peuvent faire office de récepteur du
stimulus mécanique mais la morphologie des poils sensibles et
de leur base leurs fait jouer un rôle particulier, car un mouvement
imposé à un poil provoque un étirement amplifié
au niveau des cellules de la base de celui-ci.
D'autres stimulus provoquent la fermeture rapide du piège : des
chocs sur les mâchoires, des piqûres, ainsi que des chocs
thermiques localisés au piège.
Quel lien entre le potentiel d'action et la
fermeture du piège? (perception, traduction, transmission,traduction,
réponse)
La transmission de PA mesurables sur la surface des lobes du piège
en font de bons candidats comme transmetteur de l'information.(Un objet
bouge dans le piége, le piége doit se fermer).
On ne peut actuellement reconstituer la suite des événements
qui aboutissent à la fermeture du piège bien que l'on connaisse
ou suspecte des étapes.
Tous ces phénomènes sont difficiles à analyser
à cause de la sensibilité du piège de la rapidité
du mouvement de fermeture, de la difficulté de suivre l'évolution
de la face interne (ventrale) du piège une fois celui-ci refermé
et qu'une analyse des changements des cellules de l'intérieur
du piège entraîne la destruction du piège.
Des méthodes d'études non destructives ont été
employées conjointement à des méthodes destructives
nécessaires pour étudier l’anatomie et la physiologie.
Les méthodes non destructives.
Des points sont régulièrement apposés sur les faces
du piège. Le suivi des marques sur la face inférieure du
piège (Brown, 1916, Hodick et Sievers, 1989) montre que la fermeture
des pièges se traduit par un accroissement de la face inférieure
des pièges, suivi d'un accroissement de la face supérieure
lors de la réouverture. Ces accroissements se font principalement
dans le sens perpendiculaire à la nervure médiane.
Fagerberg et Howe,(in Fagerberg, 1996) réalisent des empreintes
des faces inférieures des pièges. Ces empreintes sont renouvelées
au cours du temps. L'empreinte des cellules est mesurée. Les cellules
de l'épiderme inférieur du piège croissent et décroissent,
mais la taille des cellules ne change pas uniformément au cours
de la fermeture puis de l'ouverture du piège.
Des études impliquant la destruction du piège ont mis en évidence
d'autres phénomènes.
Les méthodes destructives.
Des variations de teneur en ATP
On constate qu'une à trois seconde après la fermeture
du piège, la concentration en ATP chute au niveau de la nervure
médiane (Jaffe, 1973) ainsi que celle des lobes (diminution de
près de près de 30%) ( Williams et Bennett, 1982). Ces
derniers auteurs, s'appuyant sur des expériences de modification
du pH de la paroi, ont émis l'hypothèse que cette consommation
d'ATP reflèterait le fonctionnement d'une pompe à proton
qui jouerait un rôle dans la modification de la plasticité
et la croissance de l'épiderme externe de la Dionée. Ce
serait une croissance acide extrêmement rapide.
Des différences des propriétés
d'extension des parois selon leur orientation par rapport à
la nervure médiane.
D'autres auteurs (Hodick et Sievers, 1989), reprenant des expériences
d'infiltrations de tampons de pH donnés dans les parois des pièges
contestent cette hypothèse. Ils font remarquer que les expériences
où il est imposé un pH donné aux parois se heurtent
à l'imperméabilité des épidermes. La cuticule
de l'épiderme supérieur est encore plus épaisse
que celle de l'épiderme inférieur de la Dionée.
Afin d’anesthésier à un stade ouvert les pièges
ces auteurs utilisent le chlorure de Lanthane qui bloque les canaux calcium
ainsi qu'un chélateur de cet ion.
Afin de s'assurer que les pièges réagissent aux stimulations,
les auteurs expérimentent sur des pièges s'étant
déjà fermé une fois. Ils font plusieurs constatations.
Ils constatent que préalablement à la fermeture du piége,
les tissus du cortex et de la moelle sont extensibles et sous tension.
En effet que l'on retire l'épiderme supérieur ou inférieur
d'un lobe du piège, le lobe se courbe du coté de l'épiderme
intact.
Sur des piéges ouverts et anesthésiés, sur des pièges
fermés, anesthésiés ou non, des bandes de piège
contenant une partie du cortex et l’épiderme inférieur
ou l’épiderme supérieur sont découpées
perpendiculairement à la nervure médiane.
Les propriétés élastiques (réversibles) et
plastiques (irréversibles) de la moitié inférieure
et de la moitié supérieure de chacune de ces bandes sont
mesurées. Sur les pièges ouverts, la face inférieure
et la face supérieure ont la même extensibilité.
Par contre, que le piège fermé soit anesthésié
ou non, la moitié inférieure des piéges est 2 fois
plus élastique que la moitié supérieure et, si l'on
considère la plasticité, le rapport est de 7.
Des observations au microscope polarisant corrobore cette anisotropie
[variation d'une propriété physique différente selon
la direction considérée].
Au microscope polarisant alors que toutes les parois des cellules des
tissus orientées parallèlement à la nervure médiane
polarisent la lumière, il n'en n'est pas de même pour les
cellules corticales et de la moelle, orientées perpendiculairement
à celle-ci. Ceci traduit, selon les auteurs cités, le renforcement
des parois des cellules dans le plan parallèle à
la nervure.
|
|
Photomicrographies
en lumière polarisée (polaroïdes croisés). |
| Coupe transversale d'un lobe parallèlement
à la nervure médiane. Le passage de la lumière
à travers les parois indiquent que de nombreux micelles de
cellulose sont parallèles au plan de la coupe et limite l'extensibilité
des parois dans ce plan. |
Coupe transversale d'un lobe perpendiculairement
à la nervure médiane du piège. Les parois de
l'épiderme supérieur laissent passer la lumière
ainsi que les grains d'amidon et très légèrement
les vaisseaux. Les parois restant sombres ne sont pas renforcées
par des micelles orientés de cellulose et sont susceptibles
d'extension. |
De même une coupe perpendiculaire à la nervure médiane
d'un piège ouvert paralysé, soumise à une plasmolyse,
se courbe. Une coupe du même piège faite parallèlement
à la nervure médiane, soumise aux mêmes conditions,
ne change pratiquement pas de courbure. Ceci traduit des possibilités
d'extensibilité différentes.
Les auteurs en tirent les conclusions qu’avant la fermeture du
piége le cortex est sous pression et que ce sont les épidermes
inextensibles qui maintiennent la forme du piège. Lors de la fermeture
du piège on assiste à une modification de l’extensibilité
de l’épiderme inférieur
Le fait que les cellules participant à l'ouverture du piège
soient différentes de celles qui participent à la fermeture,
et surtout le fait qu'un piège peut se fermer et s'ouvrir un nombre
limité de fois suggère fortement que des phénomènes
irréversibles de croissance sont à l'oeuvre.
De nouvelles expérimentations non
destructives utilisent des modélisations physiques
Comment décrire la géométrie
des pièges : par des mesures de l’accroissement relatif
de la face inférieure.
A l’aide d’empreintes et de marques sur la face inférieure
des pièges de Dionée, Y. Forterre et al., (2006) ,reprenant
des techniques déjà utilisées, étudient la
dynamique de fermeture de ces pièges, (fermeture en 0,1 s). Ils
mesurent également de façon détaillée les
déformations subies par cette face. Les accroissements des cellules
sont sensiblement différents de ceux déterminées
par Fagerberg et Allain. En effet selon les premiers les cellules de
la marge du piège se raccourcissent mais le fait marquant est
un important allongement de cette face dans une direction perpendiculaire à la
nervure médiane, qui peut atteindre 9% au voisinage de celle-ci.
Comment décrire la géométrie
des pièges : par des mesures des rayons de courbures de la face
inférieure.
Ces nouvelles études font intervenir la physique des transferts
de liquide dans des milieux poreux et celle de l'élasticité des
solides en plaques minces. Les physiciens qui étudient ce dernier sujet
et qui s'intéressent en particulier aux phénomènes de
flambage, apportent un nouvel éclairage sur les temps caractéristiques
du mouvement chez les végétaux. La théorie de ces phénomènes
est complexe, ces travaux faisant appel à des calculs mathématiques
qui ne peuvent qu’être évoqués ici. (Voir les articles
de J. M. Skotheim, L. Mahadevan, (2005) et de Forterre et al. (2005)). Ces
physiciens s’intéressent aux valeurs des deux rayons de courbure
du piège c'est-à-dire à ceux mesurés dans des plans
respectivement perpendiculaires et parallèles à la nervure médiane.
(Pour les sens de courbure et les rayons de courbure voir les liens de cette
page).
La physique de l’élasticité des
solides en plaque mince offre un modèle expliquant les changements
brusques de forme du piège.
Les phénomènes à l’œuvre dans la fermeture
du piège de la Dionée sont analogues à ceux qui
président aux changements de courbure d’une calotte sphérique élastique.
Le changement des courbures des mâchoires de ce piège nécessite
une accumulation d’énergie pour arriver à un seuil
d’instabilité mécanique. Une fois ce seuil atteint,
cette énergie peut se convertir en énergie cinétique,
correspondant à un mouvement brusque de fermeture du piège
par un phénomène analogue au retournement d’une coque élastique
(instabilité de flambage).
L’énergie élastique du système dépend
de son rayon de courbure dit "naturel" (contrôlé par
la plante) dans un plan perpendiculaire à la nervure principale.
Pour supprimer l’influence de la courbure exercée par les
tissus selon un axe parallèle à la nervure médiane,
des bandes étroites sont découpées perpendiculairement à cette
nervure. Ces lambeaux se courbent spontanément et leur rayon de
courbure, dit naturel selon cette orientation est mesuré. L’énergie élastique
dépend aussi de la valeur d'un paramètre a qui détermine
l'existence et la position d'un seuil d'instabilité du système.
Ce paramètre (sans dimension) peut s'écrire
a= L4/ (h2.r2) où L est une longueur
typique de la feuille (L = (longueur du piége parallèlement à la
nervure médiane + largeur du piège perpendiculairement à la
nervure)/4), h est son épaisseur et r un rayon de courbure
du piège ouvert. Pour une feuille dont le paramètre a est
supérieur à une valeur critique d'environ 0,8, une très
faible déformation de la feuille, consécutive par exemple
aux évènements qui suivent la détection de la présence
d'un insecte dans le piège, induit un brusque changement du sens
de courbure des faces du piège et donc celui-ci se referme, sa
forme passe alors de concave à convexe.
C’est le principe à l’œuvre dans l’ouverture
des boîtes de bonbons où il faut appuyer sur le couvercle
métallique jusqu’à ce que le changement brusque de
courbure de celui-ci permette d’ouvrir la boîte. (Voir aussi
l’objet utilisé le 6 juin 1944, appelé criquet, qui
est un exemple de la conversion de l’énergie accumulée
puis libérée et transformée dans ce cas pour partie
en son.)
Le propre de nombreux mouvements observés expérimentalement
est de comporter des oscillations autour d’un point d’équilibre
et une phase d’amortissement. L'exemple type de ce mouvement est
celui d'une masse suspendue à un ressort qui, après avoir été lâchée,
oscille et finit par s'arrêter. Dans tous les cas les oscillations
sont dues à une force de rappel "élastique",
correspondant à une énergie potentielle présentant
un minimum au point d'équilibre. L'amortissement est toujours
dû à des forces "de frottement" qui dissipent
progressivement l'énergie cinétique du système.
Le temps de fermeture du piège est beaucoup
grand que celui prévu par la théorie.
Des considérations théoriques permettent un calcul du
temps que mettrait le piége de Dionée pour se fermer dans
le cas où le mouvement serait dû uniquement à une
force de rappel élastique. Ce temps est environ 100 fois plus
petit que le temps mesuré. La prise de vue à une fréquence
de 400 images à la seconde ne montre pas d’oscillation et
met donc en évidence un amortissement très efficace.
Qu’est ce qui peut ralentir la fermeture
des pièges de Dionée ? Où l’on se souvient
qu’une plante c’est beaucoup d’eau.
Cet amortissement étant trop important pour être dû aux
frottements de la plante sur l'air, les auteurs de ces études
l’ont attribué à la résistance à la
traversée des pores des parois des cellules de la plante par l'eau
interstitielle nécessaire à l'accroissement de volume de
la face inférieure du piège, détectable par l'allongement
de celle-ci dans la direction perpendiculaire à la nervure médiane
(voir plus haut). Plus il y a de pores, plus le transfert se fait rapidement.
Ces auteurs ont pu évaluer l'ordre de grandeur du temps de fermeture
du piège pour un tel amortissement. Ce temps est proportionnel à la
viscosité du fluide, ainsi qu'au carré de l'épaisseur
de la feuille et inversement proportionnel à la fois à la
perméabilité de la feuille et à son module d’Young.
(Voir encadré plus bas).
Le temps ainsi calculé théoriquement est compatible avec
le temps de fermeture observé expérimentalement, ce qui
conforte l'hypothèse d'un tel amortissement "hydraulique" lors
de la fermeture du piège de Dionée.
Remerciements :
Les auteurs remercient M. Didier Schmaus, chercheur à l’institut
des NanoSciences de Paris et professeur de physique à l’université Paris
7 pour les conseils et les explications qu’il nous a prodigués
dans la partie modélisations physiques de ce texte.
Vocabulaire :
Module d’Young : définition
Ce coefficient (E) précise le lien de proportionnalité entre
une contrainte (force par unité de surface) exercée dans
une direction et l’allongement relatif de l’objet dans cette
direction.
E = (force /surface) / ( Δl/lo ); Le module d’Young
mesuré chez la Dionée a pour valeur 10 MPa. Cette valeur
est à comparer à celle de la fibre de coton 10 000
MPa, ou à celle de la paroi de l’algue Nitella (700 MPa)
valeurs faibles par rapport à celle de l’acier 200 000
MPa. Chez la Dionée une contrainte de 0,1 MPa entraîne un
allongement de 1%.
Rayon de courbure, courbure :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rayon_de_courbure#Courbure_d.27un_arc
courbure moyenne :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Courbure_moyenne
[Haut de la page] [Sommaire
Carnivore] |