Le blé
appartient à la famille des Graminées, c'est-à-dire à
un groupe de végétaux dont le nom, étymologiquement,
signifie
"producteur de grains". A cette définition assez vague,
les botanistes préfèrent le terme plus précis de Poacées,
par référence à un genre très commun dans la
nature, le Poa. Cette famille végétale compte environ 2500
espèces répandues pratiquement sur toute la surface des continents.
C'est un groupe remarquablement homogène et facile à reconnaître.
Les tiges, en particulier, ont un port caractéristique : ce sont
des chaumes, cylindriques, souvent creux par résorption de la moelle
centrale. Ils se présentent donc comme des tubes cannelés
dont l'anatomie est particulière, comportant de longs et nombreux
faisceaux conducteurs de sève. Ces faisceaux sont régulièrement
entrecroisés et renferment des fibres à parois épaisses
de sorte qu'ils renforcent comme des câbles ou des haubans cette
structure qui est à la fois résistante et souple, ce qui
explique les oscillations des champs de blé au vent.
Les chaumes sont interrompus par des noeuds qui sont une
succession de zones d'où émerge une longue feuille, qui
d'abord engaine la tige puis s'allonge en un limbe étroit
à nervures parallèles. Parmi les autres caractères
de cet appareil végétatif, on peut mentionner la concentration
dans l'épiderme de multiples amas de silice microscopiques mais
très durs (comme du verre). Ils rendent les organes tranchants
: on peut se couper facilement en les manipulant sans précaution.
Ce fait qui peut paraître anecdotique a une grande importance archéologique
comme nous le verrons car ces concrétions dures produisent de
fines rayures sur les objets qui ont servi à couper ou broyer
les céréales et une formation "lustrée"
(le lustrage spéculaire) qui permet de reconnaître les outils
préhistoriques qui ont servi pour faire les moissons. Ces concrétions
ont laissé
aussi des traces et des surfaces d'abrasion sur les dents des premiers
consommateurs de blé et permettent de les identifier. Elles laissent
en quelques sorte des "signatures" très
utiles à l'étude des premières sociétés
agraires.
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Les
épis de deux variétés de blé.
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- L'appareil reproducteur des graminées est aussi spécifique.
Il est constitué
par des fleurs nombreuses, petites et peu visibles qui ont, au lieu
de pétales, des enveloppes membranaires non colorées.
Elles sont groupées en épis situés à l'extrémité des
chaumes. Après féco ndation,
l'ovaire de ces fleurs se transforme en une semence ou "grain" qui
a la particularité d'être à la fois un fruit et
une graine. Ils se sont soudés l'un à l'autre au cours
du développement. On appelle cette semence particulière
un caryopse.
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| L'épi
de blé est formé de deux rangées d'épillets
situées de part et d'autre d'un axe. Un épillet
regroupe trois fleurs à l'intérieur de deux
glumes, chaque fleur est entourée de deux glumelles. |
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| Une
fleur entourée de ses deux glumelles contient
des pièces stériles, les glumellules,
trois étamines et un ovaire surmonté de
deux syles plumeux. L'ovaire, après fécondation
de l'ovule, donnera le grain de blé. |
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| Le
grain de blé (ou caryopse de blé) est
entouré
de deux enveloppes jointives, le péricarpe (paroi
de l'ovaire) et le tégument de la graine (paroi
de l'ovule). Il contient un embryon et un tissu nourricier,
l'albumen. |
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Un épi mûr de graminée est
donc un axe qui porte une série d'enveloppes desséchées
- qui fournira la balle après battage - au centre desquelles
se trouvent les grains. Chaque grain comporte les enveloppes
coriaces du fruit et de la graine qui entourent un petit embryon
ou germe en vie ralentie ; ce germe est repoussé sur le
côté par un volumineux tissu nourricier formant
l'amande chargée de réserves. Ce sont ces substances
nutritives qui, dans les conditions naturelles, sont utilisées
pour le développement de la jeune plantule lors de la
germination et de la reprise de la végétation.
Elles sont détournées de leur fonction naturelle
et exploitées en céréaliculture pour faire
de la farine.
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| Germination
du grain de blé : un organe transitoire, le
coléoptile, se développe en premier,
il protège la gemmule. La première feuille
générée par la gemmule croît
et perce le coléoptile qui dégénèrera
ensuite. Au niveau radiculaire, la jeune radicule perce
le coléorhize, d'autres racines primaires se
développent (5 au total). |
La forte capacité de prolifération
de nombreuses graminées et en particulier le rendement élevé des
espèces cultivées, comme le blé, proviennent
du fait qu'elles sont capables d'associer de façon
très efficace la multiplication végétative
et la reproduction sexuée. La multiplication végétative
résulte de la ramification des bases de tiges au contact
du sol, il en résulte un faisceau de chaumes qui,
chacun, se termine en épi avec plusieurs dizaines
de graines. Dans les conditions favorables, une seule semence
peut produire une centaine de nouveaux grains...
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| Formation
du plateau de tallage : après le début
de la germination, l'entre-noeud n° 2
(E2) s'allonge fortement jusqu'à deux
cm de la surface. Les entre-noeuds suivants (E3,
E4) restent courts. Les bourgeons axillaires
formés à
l'aisselle des feuilles (F1, F2) se développeront
pour donner de nouvelles tiges feuillées,
les talles (T1, T2). |
Il existe des graminées vivaces et des graminées
annuelles. Les espèces vivaces produisent
des tiges rampantes qui, périodiquement, sont à l'origine
de pousses verticales qui donnent les épis.
Elles poussent en touffes enchevêtrées
dont l'ensemble constitue un tapis herbacé souvent
très dense, ou gazon. Elles forment des prairies
naturelles, comme les alpages en montagne, les savanes
et pampas en régions tropicales, ou encore
les prairies cultivées pour la nourriture
des animaux d'élevage. La densité et
la vigueur de ces tapis herbacés sont telles
qu'elles empêchent le développement
d'autres espèces. Certaines graminées
vivaces sont de grande taille, comme les bambous
utilisés dans certains pays asiatiques pour
la construction et l'ameublement, mais la principale
vivace industrielle est la canne à sucre dont
les chaumes atteignent 5 à 6 mètres.
Elles sont cultivées non pas pour les réserves
des semences mais pour le saccharose qui se concentre
dans la moelle des tiges.
L'importance
économique des graminées vient surtout
des céréales . Ce sont des espèces
annuelles aux grains comestibles. Leur nombre est
assez réduit - une petite dizaine - mais leur
importance est considérable puisqu'elles comportent
le blé, le riz, l'orge, l'avoine, le maïs,
le mil, le sorgho, le millet... Et seul le blé donne
un produit panifiable grâce à la nature
et aux propriétés complémentaires
de deux de ses réserves.
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