Document
Dossier - Des groupes sanguins pour quoi faire ?        [Sommaire] [Antigènes] [Anticorps] [Mère-foetus] [Règles immunologiques] [Conclusion]

2- Des anticorps dans le sérum

Tolérance immunitaire des antigènes érythrocytaires du soi

En réponse à ces antigènes érythrocytaires, le système immunitaire produit des anticorps spécifiques. En situation normale, le système immunitaire ne produit pas d’anticorps dirigés contre les antigènes appartenant au groupe sanguin de son propre organisme. Ces antigènes sont reconnus comme faisant parti du soi, ils ne déclenchent pas de réponse immunitaire.
Le dérèglement de cet équilibre peut conduire au développement d’une réponse immunitaire dite auto-immune de l’organisme contre ses propres globules rouges avec production d’un auto-anticorps dirigés contre un antigène érythrocytaire et que l’on peut retrouver dans le sérum des malades. Il s’agit d’une situation rare de maladie auto-immune qui peut être responsable d’une destruction des globules rouges ou hémolyse.

Nature, origine et propriété des anticorps anti-érythrocytaires circulants

En dehors de cette situation pathologique, le sérum d’un individu bien portant peut contenir deux types d’anticorps dirigés contre des antigènes érythrocytaires.

Les premiers sont obligatoires ou réguliers et dirigés contre les antigènes du système ABO absents chez l’individu (par exemple anticorps anti-A chez l’individu de groupe B). Il s’agit d’immunoglobuline de type M ou IgM, apparaissant naturellement entre 0 et 6 mois de vie, probablement par stimulation du système immunitaire par des antigènes de la flore bactérienne de l’organisme ressemblant aux antigènes du groupe ABO (mécanisme mal connu). Ces anticorps sont capables d’agglutiner les globules rouges in vitro, c’est pourquoi on parle d’agglutinines. Le sérum d’un individu de groupe B agglutinent donc les globules rouges d’un individu de groupe A : c’est ce phénomène qui est mis à profit pour déterminer le groupe ABO d’un individu par les épreuves de BETH VINCENT et SIMONIN.
L'épreuve de BETH VINCENT permet de déterminer le phénotype antigénique d'un individu, c'est à dire les antigènes portés par ses globules rouges. L'épreuve de SIMONIN permet de réaliser l'étude complémentaire, c'est à dire de déterminer les anticorps circulants présents dans le sérum d'un individu.


Figure 2.1 . Epreuves de Beth-Vincent et de Simonin.
A. Epreuve de Beth-Vincent.
Le sang de l'individu, contenant ses globules rouges, est mis en présence de sérums tests, possédant chacun un type d'anticorps précis, dirigé contre un antigène du système ABO. Il s'agit donc d'un test d'agglutination des globules rouges avec des sérums tests.
B. Epreuve de Simonin.
Le sérum de l'individu, contenant ses anticorps circulants, est mis en présence de globules rouges tests, appartenant chacun à un groupe antigénique précis du système ABO. Il s'agit donc d'un test d'agglutination du sérum avec des globules rouges tests. + : présence d'une agglutination. - : pas d'agglutination.

A 37°C, en particulier in vivo, ces IgM sont aussi capables de lyser les globules rouges par activation du complément sanguin (ensemble d’enzymes circulant dans le sang dont l’activation par les anticorps liés à leurs antigènes provoque la destruction des cellules porteuses de l’antigène). Les IgM sont de grosses molécules qui ne traversent pas le placenta au cours de la grossesse. Il arrive parfois, en particulier chez les individus du groupe O, que la commutation IgM vers IgG se produise conduisant à la présence spontanée d’une IgG anti-A ou B dans le sérum. Ces IgG ont un fort pouvoir hémolytique c’est pourquoi on parle d’hémolysines.


Figure 2.2 . IgG et IgM. Les Ig G sont des immunoglobulines monomériques, formées de quatre chaines polypeptidiques reliées entre elles par des ponts disulfures. Elles possèdent deux sites de liaison à l'antigène. Les Ig M sont des immunoglobulines pentamériques, reliées entre elles par des ponts disulfures et un polypeptide (la chaine J).

Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

Figure 2.3 . Agglutination et activation du complément. La reconnaissance d'un anticorps par les anticorps Ig G et Ig M permet à l'organisme de se défendre contre les cellules porteuses de cet antigène. Les deux classes d'immunoglobulines peuvent activer la voie du complément, mais seules les Ig M peuvent agglutiner les hématies : Les Ig M sont donc communément dénommées agglutinines, l'agglutination restant leur premier mode d'action, alors que les Ig G, activant le complément, sont dénommées hémolysines.
Attention ! Ces représentations sont très schématiques, et ne sont pas à l'échelle !

Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

Le deuxième type d’anticorps probablement présent dans le sérum est facultatif ou irrégulier dirigé contre des antigènes des systèmes non ABO. Il s’agit le plus souvent d’IgG ou hémolysines, apparaissant à l’occasion d’une stimulation antigénique par des globules rouges étrangers (par exemple suite à une transfusion), c’est pourquoi on parle d’anticorps immuns (par opposition à naturels). Ces anticorps montrent qu’il y a eu une réponse du système immunitaire vis à vis des globules rouges étrangers, ce sont les effecteurs de la réponse immunitaire humorale anti-érythrocytaire. Les IgG sont capables de traverser le placenta au cours de la grossesse.

 

  A retenir
 
  • La tolérance immunitaire des antigènes du groupe sanguin du soi
  • La notion d’anticorps naturel ou immun, régulier ou irrégulier
  • L’utilisation des propriétés agglutinantes des IgM ou agglutinines anti-A ou B dans les épreuves de BETH VINCENT et SIMONIN
  • Le fort pouvoir hémolytique des IgG anti-antigène érythrocytaire ou hémolysines
  • Le passage transplacentaire des IgG mais pas des IgM

Des antigènes à la surface des globules rouges : Précédent                   Suivant : Incompatibilité foetomaternelle

[Sommaire] [Antigènes] [Anticorps] [Mère-foetus] [Règles immunologiques] [Conclusion]