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Auteurs : Gilles Camus, Marc Durand
Marc Durand est ingénieur agronome et responsable qualité dans la filière bois.
Date de publication : 9 juin 2009
Sommaire |
Le bois est un matériau aux multiples débouchés : habitat, chauffage, chemins de fer pour ne citer que quelques exemples. Avec les préoccupations environnementales actuelles, le bois est (re)devenu un matériau d'avenir car outre ses qualités intrinsèques (thermique, mécanique, esthétique, etc...), il s'agit d'une ressource renouvelable et son utilisation n'entraîne pas une augmentation du taux de CO2 atmosphérique, tout ceci à condition qu’il soit produit de manière durable.
En effet, cette ressource n'est pas hors de danger : la surexploitation et/ou la mauvaise gestion de l'exploitation des ressources forestières entraînent des conséquences négatives au premier rang desquelles figurent la déforestation et la perte de biodiversité. On peut prendre la mesure du risque de perte de biodiversité avec la liste de la CITES des espèces d'arbres menacées. La CITES (Convention in International Trade of Endangered Species of wild fauna and flora) est un traité international plus connu sous le nom de «Convention de Washington ». Les espèces appartenant à l’annexe I de cette convention sont menacées de disparition et sont donc interdites au commerce. Pour les espèces appartenant aux annexes II et III, le risque de disparition n'est pas immédiat mais pourrait être entraîné par une exploitation non maîtrisée, elles nécessitent donc des autorisations spéciales pour leurs commercialisations. Concernant la déforestation, la FAO (Food and Agricultural Organization, ou organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) a publié la huitième édition de son rapport sur la situation des forêts dans le monde. Entre 1990 et 1999, 0,38 % des surfaces forestières mondiales ont disparu chaque année. "Compensées" (en surface mais pas en nature) par les plantations, les pertes nettes de surfaces forestières ont été de 0,22 % par an. Entre 2000 et 2005 les pertes nettes de surfaces forestières ont été légèrement inférieures à la période précédente avec 0,18 % par an. Cela représente tout de même 7 317 000 ha de forêts en moins par an (l'équivalent d'environ la moitié de toutes les forêts françaises), soit 20 046 ha par jour ou 1 ha toutes les 4,3 secondes. Les conséquences sont nombreuses et touchent aussi bien au climat qu'au développement économique et social des pays concernés.
C'est dans ce contexte, et alors qu'émergeait le principe de développement durable lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro (Brésil, Juin 1992), que s'est développée l'idée d'une certification de l'exploitation des ressources forestières dans le respect de bonnes pratiques qui a pris le nom d'écocertification.
Une certification est un acte volontaire dans lequel une entité demande à un organisme tiers, l'organisme certificateur, de donner une assurance écrite qu’un système d’organisation, un processus, une personne, un produit ou un service est conforme à des exigences spécifiées dans une norme ou un référentiel. Ce n'est donc pas l'un des intervenants de la chaîne de fabrication/commercialisation qui se charge de cette tâche, évitant d'être juge et partie. Il est important d'avoir à l'esprit qu'une certification n'est pas un gage de qualité supérieure en soi, mais seulement un gage de respect de règles édictées. Son intérêt dépend donc des normes ou du référentiel utilisé. Bien entendu, l'obtention d'une certification a pour vocation d'être affichée afin de permettre au consommateur d'orienter son choix, s'il le désire, sur les produits/services certifiés.
Pour que cette organisation fonctionne, la confiance est essentielle (confiance du consommateur envers la certification, de l'entité qui demande la certification envers l'organisme certificateur, etc...). Les pouvoir publics interviennent donc pour s'en assurer à travers un dispositif, fixé par le Code de la Consommation (articles L 115-27 à L115-33 et R115-1 à R 115-12), qui vise à instaurer la confiance à travers la transparence et l’accréditation.
Signalons enfin qu'il faut différencier la certification de la démarche du « label » tout court (hors du domaine agricole ou alimentaire) ou « contrôlé par un organisme indépendant ». En effet ces dernières pratiques ne sont pas encadrées par des dispositions réglementaires. Elles restent cependant licites tant qu’elles n’induisent pas de confusion avec une véritable certification dans l’esprit du public.
La spécificité de l'écocertification est d'attester non seulement de la légalité du bois (on estime que certains pays exportent jusqu'à 80% de bois illégal, essentiellement des bois exotiques) mais également de la qualité de la gestion forestière durable. L'écocertification correspondant à une certification de produits, pour que ce produit soit certifié il faut que toute la chaîne en amont le soit également : de la forêt dont est issu le bois aux différents intermédiaires (en particulier les industriels qui transforment le bois). En pratique, cela revient à combiner deux certifications :
Les quatre principaux systèmes de certification dans le monde sont :
A l'origine de ces labels de certification se trouvent des organisations non-gouvernementales internationales. Les labels d'écocertification SFI et CSA étant d'origine nord américaine, on ne trouve essentiellement en France que des produits labélisés FSC ou PEFC. Le point commun entre ces deux derniers labels est de garantir des bonnes pratiques d'exploitation forestière, respectueuses de l'environnement et assurant la pérennité de la ressource. La principale différence concerne la présence d'un important volet socio-économique dans les critères du FSC qui en fait l'écocertification la plus stricte actuellement.
Le mouvement d'écocertification est assez récent puisque le plus ancien système, FSC, a été créé en 1993 juste après le Sommet de la Terre. PEFC n'a été créé qu'en 1999, et seulement à l'échelon européen (il s'appelait alors Pan European Forest Certification Scheme, ou schéma de certification de la forêt paneuropéenne) et ce n'est que le 31 octobre 2003 qu'il est devenu mondial, prenant sa dénomination actuelle pour l'occasion. Les forêts écocertifiées sont donc encore très minoritaires puisqu'elles ne représentent qu'environ 8% des surfaces forestières mondiales en 2008 (soit 300 millions d'ha écocertifiés sur 3,9 milliards d'ha) mais déjà environ 33 % en France (soit près de 4,5 millions d'ha sur 15,5 millions d'ha). Voir fig. 1 ci-dessous.
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| Implantation mondiale | 94 millions d'ha 85% en zone tempérées/boréales 15% en zone tropicale |
204 millions d'ha Essentiellement en zone tempérées/boréales |
| Implantation nationale | 15 000 ha | 4,35 million d'ha |
| Figure 1 : Implantation des deux principaux systèmes d'écocertification. Les différences s'expliquent par le fait que le système FSC a été initialement développé pour les bois exotiques, alors que le système PEFC s'est récemment étendu au monde entier, d'où une implantation plus importante de FSC en zone tropicale. L'autre paramètre est l'importance de la reconnaissance mutuelle pour PEFC (voir les "Les limites actuelles"). | ||
L'écocertification se heurte actuellement à plusieurs problèmes :
Continent |
Surface forestière écocertifiée |
| Europe | 56 |
| Amérique du Nord | 39 |
| Amérique du Sud | 2 |
| Asie | 2 |
| Afrique | 1 |
| Figure 2 : Proportion des surfaces forestières écocertifiées en fonction des continents. On constate que deux continents se distinguent, à savoir l'Europe et l'Amérique du Nord. Cela est à mettre en relation avec l'existence de systèmes d'écocertification spécifiques (CSA pour le Canada, SFI pour l'Amérique du Nord, PEFC initialement développé pour l'Europe) et avec le fait que les exploitations de ces zones sont plus faciles à écocertifier, s'agissant de forêts souvent en extension. | |
L'écocertification n'est pas la panacée pour lutter contre les dangers qui menacent les forêts et ceci pour plusieurs raisons. D'abord elle n'agit pas sur les conditions d'exploitation des forêts mais vient seulement récompenser ceux qui ont fait la démarche d'aller vers des pratiques plus tournées vers l'avenir. D'autre part, elle ne concerne que la partie exploitation de la forêt, qui est minoritaire dans les causes de déforestation puisque 85% des surfaces déboisées le sont pour l'agriculture et l'élevage. Mais cette démarche permet de maintenir un climat favorable à la prise de conscience de l'importance écologique mais aussi économique et sociale de la forêt, et de l'intérêt d'une gestion de cette ressource qui n'hypothèque pas l'avenir.
Si vous êtes intéressé par le sujet voir aussi l'article "Qu'est-ce qu'un produit "Bio" ?".
| Professeur Lafleur | ![]() |
Remerciements
Merci à Véronique Vonarx du service BioMédia pour sa relecture attentive et ses commentaires constructifs.