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Le Cannabis : quelques points scientifiques
Gilles Furelaud et Florence Noble
| Sommaire |
Le Cannabis est une drogue d'usage largement répandu dans la population
française, et en particulier chez les jeunes. Elle est au centre d'un
débat passionné sur son classement en drogue "dure"
ou "douce", sa légalisation, tolérance, etc. Le but
de ce document n'est bien évidemment pas de rentrer dans de telles polémiques...
Le Cannabis reste pour beaucoup de gens (en particulier d'usagers) une grande
inconnue quant à ses réels effets et conséquences scientifiques.
Le but de ce document est, sans rentrer dans aucune polémique, de faire un rapide tour d'horizon de quelques connaissances scientifiques sur le Cannabis. Un deuxième document expose plus en détails des effets du Cannabis sur le système immunitaire.
II- De la plante à la consommation
Le Cannabis utilisé comme drogue correspond à certaines variétés de Chanvre. Le Chanvre est une plante herbacée, dont des variétés "non drogue" sont utilisées pour la confection de fibres.
Classification :
| Embranchement : Phanérogames | Sous-embranchement : Angiospermes | Classe : Dicotylédones | Ordre : Urticacées |
| Famille : Cannabinacées | Genre : Cannabis | Espèce : sativa | Variétés : nombreuses... |
Le composé actif le plus abondant trouvé dans le Cannabis est
le TétraHydroCanabinol (THC). Sa teneur dans les herbes de Cannabis
varie de 4 à 9%. En France, le Cannabis est essentiellement consommé
sous forme de résine (qui est fumée, mélangée à
du tabac). La teneur en THC de la résine de Cannabis varie de 8% ("marocain")
à un maximum de 30% ("afghan").
Il est à noter que des variétés ont fait leur apparition
depuis quelques années, présentant des taux de THC désormais
bien plus importants.
Les cannabinoides englobent de nombreuses substances chimiques apparentées : cannabinol, cannabidiol, cannabigérol, cannabivarine, cannabicyclol et 9-tetrahydrocannabinol (THC), ce dernier étant le composé actif le plus abondant.
Des études ont démontré que l'administration du seul THC suffisait à recréer chez un individu les sensations et effets physiologiques principaux créés par le Cannabis. La majorité des études expérimentales sont ainsi menés directement avec le composé actif (THC), ou des dérivés ayant les mêmes effets. Les nombreuses réponses comportementales observées suggère l'existence d'une multitude de cibles centrales et périphériques.
III- Mode d'action des cannabinoïdes
Le THC agit sur l'organisme humain en activant un récepteur porté par les cellules (récepteur CB1 ou CB2). Le récepteur CB1 est essentiellement retrouvé au niveau du cerveau, alors que les récepteurs CB2 sont présents sur les cellules immunitaires.
Dans le cerveau, les récepteurs CB1 sont présents en quantité très importante dans différentes structures du système limbique et jouent ainsi un rôle majeur dans la régulation des émotions. Par ailleurs, leur distribution recouvre dans de nombreuses régions celles des récepteurs dopaminergiques (sans être situés sur les mêmes neurones). L'interaction des deux systèmes explique en partie les propriétés hédonistes et euphorisantes du cannabis. Les troubles de la mémoire et cognitifs souvent rapportés après consommation chronique de cannabis pourraient quant à eux être liés à la présence de récepteurs CB1 dans le cortex et surtout dans l'hippocampe, qui est une structure cérébrale essentielle dans la mise en place des processus de mémorisation. Le cannabis diminue l'attention et ceci a été bien démontré grâce aux souris dépourvues du récepteur CB1. Enfin, la présence de récepteur dans le thalamus, relais des informations sensorielles d'origine périphérique, est probablement en rapport avec la modification des perceptions sensorielles souvent évoquée par les usagers de cannabis. On trouve également beaucoup de récepteurs CB1 dans le cervelet, structure jouant un rôle essentiel dans le comportement moteur.
Les drogues sont généralement classées en fonction de leur aptitude à générer des phénomènes de dépendances physique et psychique, et sont considérées comme "à risque" si elles répondent à ces deux critères. Le Cannabis a été placé dans ce groupe bien que les cannabinoïdes soient loin de produire des effets comparables à ceux générés par l'héroïne, l'alcool ou le tabac.
En ce qui concerne la dépendance psychique, il est bien établi que la très grande majorité des consommateurs de Cannabis n'utilise ce produit qu'occasionnellement et peuvent cesser définitivement son utilisation sans grande difficulté. On considère qu'il existe moins de 10% de très gros consommateurs de Cannabis qui éprouvent des difficultés à abandonner la consommation de la substance bien qu'ils le souhaitent. Néanmoins le débat sur les risques de dépendance au Cannabis a été relancé par la mise en évidence de libération de dopamine au niveau du cerveau (dans le noyau acubens) : après une injection de THC, une augmentation du métabolisme du cerveau est observable chez le Rat, ainsi que des libérations de dopamine dans une région limitée du cerveau (le noyau acubens). La dopamine est un neurotransmetteur, intervenant en particulier dans les systèmes de récompense, et dont la libération est activée par de nombreuses drogues.
De même, la dépendance physique semble minime... Ce qui ne l'emêche
pas d'être bien réelle : des expériences menées sur
le rat montrent ainsi que ces derniers, soumis à des injections d'un
dérivé de THC, puis brutalement privés de ces injections
(sevrage) présentent des signes comportementaux typiques, semblables
à ceux observés en cas de sevrage à des opiacés
(salivation, diahrrée, toilettage compulsif, secousses, etc.). Toutefois,
ces rats ne cherchent pas à réaliser des auto-administrations,
comme dans le cas de drogues "dures" (héroïne, cocaïne...).
Les manifestations physiques à l'arrêt de la prise de Cannabis
restent ainsi d'intensité plus faible que celles observées lors
d'un sevrage morphinique par exemple.
V- THC, cerveau et comportement
L'usage de Cannabis entraîne essentiellement une altération des
perceptions de l'utilisateur. Le THC, principe actif du Cannabis, agit en effet
au niveau du cerveau (voir ci-dessus).
La première consommation de Cannabis peut entraîner, dans des cas
rares, des effets d'anxiété sévères, voisins de
ceux éprouvés lors de crises de paniques chez des sujets prédisposés.
L'absorption de Cannabis produit une sensation d'euphorie légère
et de relaxation avec perceptions auditives et visuelles amplifiées.
De faibles perturbations sont observées dans l'aptitude à effectuer
des tâches coutumières plus ou moins complexes. Cela est interprété
par une diminution des performances psychomotrices et mnésiques (de la
mémoire).
Le THC est stocké dans les graisses, les cellules du cerveau, etc. Ce stockage explique que les effets du Cannabis peuvent se poursuivre près de 24 heures après la consommation. Ainsi, une expérience américaine, menée sur 10 pilotes professionnels s'entraînant sur simulateur de vol a montré que, 24 heures après avoir fumé un "joint", ces pilotes commettaient des erreurs grossières de pilotages. Pourtant ceux-ci se sentaient en pleine possession de leurs moyens. Cette expérienc illustre certains effets du Cannabis : baisse de l'attention et de la concentration, modification de la motricité et de la coordination, difficultés d'appréciation de situations gênantes.
Il existe différents critères pour évaluer la dangerosité des drogues : une toxicité générale sur l'organisme, une dangerosité individuelle et interindividuelle, et enfin une toxicité du système nerveux central (revue dans Roques, 1999, La dangerosité des drogues. Rapport au Secrétariat d'Etat à la Santé. Odile Jacob). La large distribution dans l'organisme des récepteurs auxquels les différentes drogues addictives peuvent se fixer explique leurs nombreux effets toxiques à différents niveaux.
1) Toxicité générale :
La fumée de cannabis contient les mêmes éléments
toxiques et cancérigènes (goudrons) pour les poumons que ceux
du tabac. Des inflammations bronchiques, des troubles asthmatiques et des altérations
des fonctions respiratoires ont été observés chez les gros
fumeurs de cannabis.
2) Toxicité sur le système nerveux central :
L' utilisation du cannabis n'entraîne apparemment pas de neurotoxicité,
telle qu'on peut le définir par des critères neuroanatomiques,
neurochimiques et comportementaux. Néanmoins, l'apport des nouvelles
techniques de biologie moléculaire permet d'évaluer de façon
fine les régulations de gènes. Une étude récente
rapporte des modifications de l'expression (augmentation ou diminution) de nombreux
gènes impliqués dans la structure du neurone, ou dans la transduction
du signal, dans l'hippocampe de rat après trois semaines d'exposition
au THC. Cette étude préliminaire doit être approfondie,
et la neuro-imagerie devrait permettre de visualiser les réels désordres
causés par la drogue. A l'heure actuelle aucun changement irréversibles
n'a été observé, mais cela ne veut pas dire que le THC
est sans danger, et les modifications importantes observées dans les
comportements de consommation (cannabis surdosé avec jusqu'à 20-25%
de THC, et forte consommation journalière) peut faire craindre l'apparition
d'une toxicité non encore supposée.
VII- THC et système cardiovasculaire
Les conséquences d'un usage de Cannabis dépendent de la dose consommée, ainsi que de l'individu. On peut toutefois citer une augmentation du rythme du pouls, et un gonflement des vaisseaux sanguins (vasodilatation) , ce qui se manifeste en particulier par des yeux rouges. De même, le Cannabis interfèrerait avec un réflexe permettant à l'organisme de réagir par une vasoconstriction en cas de baisse de la tension artérielle. Cet ensemble "vasodilation - réduction du réflexe de vasoconstriction" pourrait conduire à un risque accru de défaut d'approvisionnement en oxygène du coeur ou du cerveau. Bien que globalement considéré comme faiblement toxique, il est possible que le Cannabis ait ainsi été à l'origine d'accidents cardiovasculaires ayant conduit à la mort (il s'agit de cas de "morts inexpliquées" subites, les analyses post-mortem montrant la présence de THC dans le sang ou les urines).
Des récepteurs cellulaires au THC sont présents dans les testicules.
Le THC peut ainsi présenter des effets au niveau du système repoducteur
mâle. Chez la souris, par exemple, une forte exposition au THC peut perturber
le bon déroulement de la méiose.
Dans le même ordre d'idées, un grand nombre d'expériences
montrent un effet du THC (ou de substances analogues) sur le sperme... d'oursin.
Ces substances inhiberaient en particulier la réaction acrosomiale, réduisant
ainsi les capacités de fertilisation des spermatozoïdes d'oursin
[voir quelques résultats expérimentaux
sur ce sujet].
Des expériences réalisées aussi bien chez le rat que sur
des singes montrent que le THC peut modifier le taux des hormones sexuelles
(FSL, LH, etc.) dans l'organisme. Ces changements pourraient eux aussi intervenir
dans des perturbations du système reproducteur. En particulier, l'exposition
de femelles gestantes de souris à du THC produit un effet de démasculinisation
chez les mâles nouveaux-né issus de ces portées : alors
qu'une injection de Testostérone (20 microgrammes) induit chez les jeunes
souris mâles témoins une hausse de LH et une baisse de FSH, cette
même injection chez les mâles issues de gestations "avec THC"
produit : une réduction du taux de FSH bien plus importante, et aucune
variation du taux de LH.
De plus, il a été montré chez le rat que l'exposition au
THC lors de la gestation cause une inhibition temporaire du développement
de l'axe hypothlamo-hypophysaire. Cette action serait dû à la conjonction
de deux phénomènes : le THC passe sans problème la barrière
hémato-placentaire, et des récepteurs aux cannabinoïdes (fixant
le THC) existent dans le cerveau.
De nombreux médecins proposent une utilisation raisonnée du Cannabis, sous contrôle médical, lors de certains traitements. En effet, il a été démontré que le Cannabis a pour effet de diminuer la douleur. Ce point est largement discuté, certains médecins faisant remarque que le Cannabis n'est pas plus efficace que des traitements existants, comme la codéine...
X- Petite discussion sur ces résultats et les méthodes employées...
Le Cannabis est un sujet hautement polémique, et ouvert à de nombreuses discussions, en particulier du fait de son usage répandu, en particulier chez les jeunes. Le THC, substance active du Cannabis, agissant sur des récepteurs spécifiques, situés en particulier dans le cerveau, peut altérer certaines facultés, ou le comportement des consommateurs. De nombreuses études ont mis en évidence des effets variés chez l'animal. Cependant, même si certains de ces effets peuvent paraître alarmants, il faut retenir que les recherches sont encore en cours...
La majorité de ces expériences a été menée sur des animaux, et il reste à démontrer leur validité chez l'Homme. De même, ces expériences font souvent appel à des doses fortes de THC... De nombreuses études sont encore nécessaires pour déterminer les effets chez un consommateur occasionnel, même si ces premiers résultats démontrent des risques potentiels. Toutefois, on peut noter ces dernières années l'apparition de variétézs de Cannabis bien plus riches en THC : les conséquences de ces consommations, de ce fait bien plus importantes, restent encore largement à déterminer, mais ne peuvent qu'être plus importantes que pour les variétés de Cannabis avec des taux de THC plus faibles.
Le débat reste, évidemment, de déterminer si ces effets sont plus ou moins importants que ceux causés par l'utilisation d'autres drogues : nicotine, alcool, cocaïne, héroïne, ectasy, etc.
Présentation de quelques résultats expérimentaux : effets du Cannabis sur le système immunitaire.
Quelques revues et articles sur lesquels sont basés cette page :
Correspondant scientifique du site
Florence Noble est chercheur dans l'unité U266 INSERM, FRE 2463 CNRS à l'Université René Descartes (Paris V).
Contact :
| Professeur Lafleur | ![]() |
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