LE CARTABLE ELECTRONIQUE, une clé pour l’intégration scolaire et universitaire

Dominique Burger
Président de l'Association BrailleNet
Ingénieur de recherche à l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale

  1. Un cartable électronique qu’est-ce que c’est ?
  2. Le nom de "cartable électronique" a été déposé par l'Université de Savoie auprès de l'INPI en 1999. Son promoteur, Christian Martel, résume ainsi le concept : "Si on simplifie à l'extrême, le cartable électronique correspond à l'idée que chaque élève pourrait posséder un "cartable virtuel" qui le suit dans ses déplacements et lui permet d'accéder aux ressources éducatives dont il peut avoir besoin".
    En pratique, dans tous les cas, un cartable électronique : Mais d’une académie à l’autre, les différents projets de cartable peuvent décliner ces constantes de manière très différentes. C’est pourquoi il peut être utile de passer en revue les principales expériences en cours.

  3. Différents cartables :
  4. Le cartable de Savoie

    Le concept du Cartable Electronique® "made in Savoie" est mené sous l'impulsion de Christian Martel, chercheur à l'Université de Savoie. L' objectif affiché est de faciliter, grâce à l'outil informatique, les possibilités d'échanges entre élèves, étudiants, enseignants, parents et administration scolaire et leur ouvrir des sources de savoirs complémentaires. 3 classes pilotes ont été retenues : une 5ème au collège Perrier de la Bâthie à Ugine et une au collège Maurienne à Saint-Jean-de-Maurienne ainsi qu'une classe de 4ème au collège Saint-François de Sales à Chambéry. L’éditeur Hachette Multimédia apporte son concours à ce projet.

    Le cartable des Landes

    Ce projet a été lancé en 2000 avec le soutien du groupe Havas et fortement médiatisé. Il reposait à l’origine sur une plate-forme dédiée, sous la forme d’un livre électronique. Depuis l’idée a été reprise à grande échelle par les pouvoirs publics, notamment la région, qui ont décidé de doter les 4500 collégiens et tous les enseignants du département d'un ordinateur portable, de câbler et d'équiper les trente-deux collèges, et des mettre en place les outils permettant d'intégrer l'informatique dans la pédagogie. Le budget annoncé est de 10 millions d’euros/an. L’ensemble des éditeurs scolaires, par l’intermédiaire du Syndicat National de l’Edition et de Savoir-Livre, association des éditeurs scolaires, ont été sollicités pour fournir des contenus. Ce projet repose sur une technologie développée par l’université de Strasbourg.

    Serveurs Linux pour l'Internet Scolaire (SLIS)

    Le projet SLIS vise à connecter à l'Internet, à un faible coût, les établissements scolaires de l'académie de Grenoble, en se basant au départ sur le réseau Numéris. Le coeur de l'architecture est un serveur Linux sur lequel sont greffées des fonctions adaptées aux besoins des enseignants et des élèves. SLIS permet la décentralisation de la création des comptes de messagerie des élèves (un sous-domaine de ac-grenoble.fr par établissement), l'optimisation de la faible bande passante du canal Numéris, et offre un certain contrôle et une sécurité informatique à l'établissement. Les serveurs SLIS permettent le développement d’Intranets dans les établissements et automatisent les liens nécessaires avec l'Internet (réplication du site Web local, par exemple). Les serveurs SLIS se mettent à jour automatiquement par l’intermédiaire du réseau et leur maintenance s’effectue à distance.

    Le rôle de la FING

    Le groupe e-Education de la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération), La FING a été mise en place avec le soutien et la participation de la Délégation Interministérielle à la Famille (DIF) et du Ministère de l'Education Nationale.
    Le groupe de travail sur le cartable électronique se donne pour mission d'explorer le concept et ses applications actuelles et potentielles.

    Deux remarques s’imposent

    1. Une grande variété des concepts se cachent derrière le vocable de " Cartable électronique ", mais au fil de leur évolution les uns et les autres intègrent certaines caractéristiques des projets concurrents de sorte que l’on peut s’attendre à une certaine convergence au final,
    2. Dans aucun de ces projets la question de l'accessibilité pour des élèves handicapés n'a été prise en compte. Ni le cas des jeunes handicapés visuels, ni celui des handicapés moteurs n’ont été envisagés.

  5. Les TICE , facteurs de réussite scolaire pour les élèves handicapés
  6. Le handicap visuel, ainsi que certains handicaps physiques, rendent difficile, voire impossible, la lecture de nombreux documents indispensables à la réussite scolaire. Pour pallier cette difficulté majeure, le système scolaire, le monde associatif, les familles ont mis en place des services de production de documents dans des formants adaptés, des services ou réseaux de soutien scolaire. Force est toutefois de reconnaître que ces organisations, en dépit des moyens mobilisés, peinent à répondre à temps, à une demande importante, variée, spécialisée et souvent très complexe. Aujourd’hui avec l’informatique et les réseaux, la standardisation de formats de documents propres à faciliter la transcription automatique d’une part importante des textes sources, un grand nombre de services pourraient être rendus de manière simple et économique : Ces quelques exemples montrent que les TICE peuvent constituer une extraordinaire valeur ajoutée pour l’enseignement aux jeunes handicapés et jouer un rôle essentiel dans leur réussite scolaire.

  7. Un détour par la Californie
  8. En septembre 1999, l'Assemblée de l'état de Californie, aux Etats-Unis, a adopté une loi (ref. AB422) dont l’impact est considérable pour l’éducation des aveugles et des malvoyants. Cette loi stipule notamment que toute personne ou société produisant des supports d'enseignement pour les étudiants de Californie doit être capable de fournir les fichiers correspondants pour les besoins des étudiants handicapés visuels, sur simple demande, en temps réel, gratuitement et sans cryptage.
    On voit mal les raisons pour lesquelles on serait en France moins novateur vis-à-vis de ce problème qu'on ne l'est outre-Atlantique.

  9. Ce qu’il faut mettre en place :
    1. Des serveurs de documents L'Association BrailleNet et ses partenaires ont mis en place un serveur Internet, le serveur Hélène , que peuvent utiliser centres de transcription et centres d'impressions spécialisés pour adapter et produire des ouvrages spécifiques en braille ou en gros caractères. Les fichiers sources fournis par les éditeurs peuvent y être déposés en en toute sécurité.
    2. Recommandations techniques Pour que les fichiers sources puissent aisément être utilisés à fin de transcription automatique, certaines règles doivent être respectées lors de la conception des fichiers sources. On pourra se référer en particulier aux recommandations de la WAI qui concerne HTML et XML.
      BrailleNet pour sa part a établi des liens de coopération avec différentes maisons d'éditions scolaires pour recommander une approche compatible avec les exigences liées à la complexité des manuels scolaires.
    3. Critère d'éligibilité des produits éducatifs L'Education Nationale doit inclure dans ses critères d’éligibilité et de labellisation des manuels scolaires et des produits éducatifs la possibilité effective prévue par l'éditeur d'en dériver un produit analogue adapté aux besoins des élèves ou étudiants handicapés.

  10. DE JEUNES PIONNIERS A MONTECLAIR
  11. Le cartable électronique pour déficients visuels est appelé projet ETAPE
    Il regroupe 5 partenaires, coordonné par l’association Braillenet, présidé par Dominique Burger, qui sont l’INJA, l’ERDV de Loos-les-Lille, l’EREADV de Villeurbanne, l’Université Pierre et Marie Curie et l’Institut Montéclair à Angers.

    A l’Institut Montéclair*, le projet ETAPE concerne actuellement 8 élèves malvoyants d’une classe de 3è spécialisée située en collège ordinaire (Collège Jean Monnet à Angers).
    Le projet est actuellement en expérimentation pour le Français.
    Chaque élève est doté d’un poste informatique avec les aides techniques éventuelles en classe.
    A l’Institut Montéclair, les élèves retrouvent également un poste informatique avec aides techniques pour utiliser le cartable électronique.
    Le principe est le suivant : le cartable électronique permet la création, la réception et l’envoi de tous types de documents (exercices, devoirs, corrigés, questionnaires, etc..) entre l’enseignant et les élèves.
    Le cartable électronique est donc un système en réseau permettant également la connexion à l’internet. L’ensemble des données (du répertoire commun et du répertoire de chaque élève) est stocké sur un serveur basé à Montéclair. La liaison entre le collège et l’institut est possible grâce à un système de liaison sans fils, mis en place pour le projet dans les deux établissements.
    Le cartable électronique contient également le manuel scolaire de Français, consultable directement par les élèves et l’enseignant, et dans un mode très interactif, permettant le choix direct des chapitres et des pages souhaitées.
    La mise à disposition de ce manuel a demandé un travail considérable pour les professionnels en informatique de l’Institut Montéclair qui ont transformé les formats de fichiers du manuel (fournis gracieusement par l’éditeur que nous remercions) en format HTML, compatible avec le matériel utilisé par les jeunes déficients visuels et beaucoup plus interactif.
    * Institut « Montéclair » pour déficients visuels 51 Rue du Vallon – Quartier Lac de Maine – 49000 Angers Tél. : 02.41.73.38.18

  12. Interview de Ghilas Boussaïd et Florian Sachot (élèves de 3ème utilisant le cartable électronique).

  1. De manière générale, que pensez-vous du cartable électronique ?

    c’est très positif car un seul élève prend des notes à chaque fois. C’est chacun son tour et ça permet de moins fatiguer même si on est obligé de reprendre les notes après le cours. En plus, quand on utilise le cartable électronique à Montéclair le soir, on peut poser des questions par messagerie électronique à l’enseignant et elle peut nous répondre le lendemain. l’un des avantages aussi est qu’on peut récupérer le soir un texte saisi en classe dans la journée sans avoir à le transporter et grâce à la connexion entre Jean Monnet et Montéclair.

  2. Quelle utilisation faites-vous du cartable électronique ?

    on l’utilise pour prendre des notes, pour envoyer des textes et documents (enseignant/élèves), pour recevoir les consignes de travail lors d’un devoir sur le répertoire commun du cartable. On l’utilise également pour des travaux à effectuer. L’enseignant nous envoie un travail sur le répertoire commun. On l’enregistre sur notre répertoire personnel sur lequel on va travailler et une fois terminée, on envoie notre travail sur le commun pour que l’enseignant puisse corriger.

  3. Quelles sont les difficultés rencontrées ?

    Il n’y a pas beaucoup de difficultés maintenant. Au début, la gestion des fichiers n’était pas évidente. Maintenant, le problème est résolu.

  4. Que pensez-vous du manuel scolaire sur le cartable électronique ?

    C’est très pratique car on peut grossir les caractères comme on veut et la recherche des pages est vraiment très facile.
    Le gros avantage en fait est d’adapter le manuel à ses possibilités visuelles. En plus, on n’a plus besoin de transporter de manuels scolaires en français.