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Les textiles d'origine végétale
16-Autres fibres naturelles

D'autres fibres végétales sont utilisées par l'homme : des fibres de tiges telles la ramie, le jute, le kénaf (Hibiscus), le genêt, le chanvre de Sunn; des fibres de feuilles telles le raphia, certains palmiers, le sisal, l'abaca, l'alfa ; des fibres de fruits telles le coco et le kapok.

La ramie

Les fibres des tiges de la ramie ( Boehmaria nivea (L.) Gandisch, Urticaceae, "ortie de Chine") sont constituées de cellulose quasi pure de très bonne qualité, et utilisées pour le tissage et la fabrication de papiers résistants. Les fibres sont longues (50 à 250 mm), très solides (un fil ne peut être cassé à la main), imputrescibles, brillantes de sorte que les étoffes rappellent la soie et ont été qualifiées de "soie végétale". Depuis longtemps, les Chinois utilisent la ramie comme fibre textile. En Europe, la ramie sert à fabriquer des étamines (toiles très fines) utilisées dans l'industrie fromagère pour égouter certains fromages. Les fibres de ramie entrent en faible proportion dans la fabrication du papier monnaie pour la Banque de France.

Coupe transversale d'une tige de ramie colorée au carmin vert d'iode. On voit à gauche en vert le xylème primaire et à droite les faisceaux de fibres à paroi rose épaissie.


Détail d'un faisceau de fibres colorées au carmin vert d'iode à gauche et vues en lumière polarisée à droite.

 

 

Le jute

Le jute (deux espèces cultivées, Corchorus olitorius L., et C. capsularis L., Tiliaceae, "chanvre du bengale") est fortement lignifié, robuste, sert à fabriquer des sacs solides (pour le charbon, les pommes de terre), et des semelles d'espadrilles.

Toile de jute.
Détail.
Petit sac en jute.

Le kénaf

Le kénaf ou chanvre de Deccan est un Hibiscus cannabinus L. ou H. sabdariffa L. (famille des Malvaceae), plante annuelle à tiges épineuses de 2 à 4 mètres qui pousse essentiellement dans les zones tropicales humides. La récolte a lieu en novembre et décembre après les premières gelées lorsque la tige a perdu ses feuilles.
Sa culture fait l'objet de recherches. Ses fibres peuvent être utilisées :
pour la pâte à papier (c'est une bonne fibre papetière)
pour la fabrication de cordes, de canevas (géotextile), de substrat horticole, d'emballages, de panneaux de particules.

Le raphia

On extrait de la feuille de raphia, généralament R. ruffia (Arecaceae ou Palmaea) des lanières de fibres sous-épidermiques avec lesquelles on fabrique des nattes, des liens (horticulture), des chapeaux, des mules, des objets décoratifs.

Liens en raphia pour le jardinage.
Dessous de plat en raphia.
Détail.
"paja toquilla"

Les feuilles d'un palmier : Carludovica palmata (Cyclanthaceae) d'Amérique du Sud communément appelé "paja toquilla" sont utilisées pour fabriquer le célèbre chapeau de Panama. Cette palme tropicale pousse dans une vaste zone qui va des contreforts des Andes sur la côte du Pacifique jusqu'à l'Amazonie. Les jeunes feuilles sont soigneusement lavées, séchées, découpées en lanières et tissées entièrement à la main de façon centrifuge. Les premières exportations vers l'Europe se firent au départ de Panama, d'où la dénomination "erronée" puisqu'ils sont fabriqués en Equateur.

 

Palmier "Cardulavia" d'où provient la paja toquilla qui est utilisée pour le tissage du Panama (Cliché M. Mouret, Avignon).
Tisseuse de chapeau dans la région de Manabi, près de Montecristi en Equateur (Cliché M. Mouret, Avignon).

 

Tout début du travail de tissage d'un chapeau de Panama Montecristi extrafin (Clichés Ecuador, Nice).

Le tissage du chapeau se fait toujours à la main, de façon centrifuge. C'est un ouvrage extrêmement délicat et long qui nécessite plusieurs semaines de travail. On distingue les Panama Montecristi, les P. Cuenca, les P. Brisa qui sont tissés de 3 façons différentes.
Montecristi est le centre artisanal des panamas les plus fins (les fibres fines permettent un tissage plus régulier) qui sont tissés debout, comme sur la photographie ci-dessous.
Cuenca est la troisième plus grande ville d'Equateur et le centre industriel des Panama. A Cuenca, on tisse assis et la façon d'enchevêtrer les fibres (le tissage) est particulière et donne un aspect croisé.
Le terme Brisa ne correspond pas au nom d'une ville mais uniquement à une façon de tisser.

Le tisseur de Panama travaille debout, penché sur l'ouvrage.
Le tissage présente un aspect en chevrons.
Intérieur d'un Panama Montecristi extrafin.
(Clichés Ecuador, Nice).

La fabrication traditionnelle du chapeau de Panama est réalisée en Equateur et principalement dans les provinces de Manabi, Azuay et Canar. Ce chapeau peut être plié, il se dépliera en retrouvant sa forme. Il peut être lavé et repassé, mais ces opérations doivent être pratiquées par des professionnels. Sa couleur ivoire ou blanche, sa texture, son confort et sa fraîcheur en ont fait un chapeau prestigieux porté par des personnalités du monde entier.

Chapeau de Panama tissé en Equateur,
mis en forme et garni par dbm-chapelier, Saint Maur La Varenne.

Chapeau de Panama indéformable,
il peut être plié (Cliché dbm-chapelier).

 

 

Le sisal

Parmi les Monocotylédones, sont également utilisés par l'homme le sisal et l'abaca. Du sisal (Agave sisalana (Engelm.) Perinne, Amarylidaceae) qui pousse au Mexique, sont extraits et isolés par broyage les faisceaux de fibres des feuilles qui seront filées, tissées, manufacturées en sacs, hamacs, stores, cordages, nattes d'aspect brillant. D'autres espèces d'Agave sont aussi utilisées pour leurs fibres. Les Aztèques savaient déjà utiliser le sisal pour en faire du papier, du fil à coudre, des cordes, des nattes et des chaussures. Ces fibres sont résistantes et faciles à teindre.

Tapis de sisal. Echantillons Acanthe-sol.

L'abaca

L'Abaca ou chanvre de Manille est un bananier textile (Musa textilis Nee, Musaceae) qui pousse aux Philippines : les fibres dans les gaines foliaires forment un pseudo tronc très recherché pour la fabrication de cordages légers et insubmersibles, et aussi de rabanes, nappes, stores, vêtements.

Le jonc

Sous le nom générique de jonc, les tiges de nombreuses espèces de Scirpus sp. (Cyperaceae) ou Juncus sp. (Joncaceae) sont utilisées comme liens, ou tressées en ouvrages de vannerie (tapis, dessus de chaises, corbeilles ...). Les joncs, plantes herbacées à tiges droites et flexibles poussent dans les zones humides et marécageuses.

Joncs en bordure d'étang.

Joncs. Scirpus lacustris L.

Jonc de mer. Echantillons Acanthe-sol.
Jonc de mer détail. Echantillons Acanthe-sol.

L'alfa

L'alfa, Stipa tenacissima L., est une plante herbacée (Graminées) d'Afrique du Nord et d'Espagne (ou spart) utilisée pour la fabrication de cordages, d'espadrilles, de tissus grossiers, de papier, tapis, paniers. D'une façon générale, la fabrication d'objets en fibres végétales se nomme sparterie.

Nappe alfatière. (cliché Meriem Kaid-Harche)
Inflorescences d'Alfa.
Attention les petites fleurs blanches sont celles d'une Crucifère qui pousse mêlée à l'alfa ! (cliché Meriem Kaid-Harche)

Le Phormium ou "lin de Nouvelle Zélande"

Le Phormium tenax (famille des Agavaceae) ou "lin de Nouvelle Zélande" est une plante des zones marécageuses à fleurs blanches. Ses longues feuilles (jusqu'à 3 mètres de long) sont emboîtées en éventail. Les Maoris en utilisent les fibres pour confectionner des nattes, des paniers et des vêtements après tissage.

 

Pied de Phormium tenax. Détail des feuilles. Surface foliaire.

 

Coupe transversale d'une feuille de Phormium au niveau de la nervure médiane. On distingue la nervure médiane à droite et une petite nervure secondaire en haut. Les fibres sont colorées en vert (coloration par la thionine). Faisceau de fibres d'une nervure latérale, observé en contraste de phase.

 

Les fibres de coco

Dans la noix de coco, Cocos nucifera L. (Arecaceae ou Palmaea) , fruit (drupe) du cocotier (palmier tropical) on utilise les faisceaux fibreux du mésocarpe. Ces fibres sont soumises à un rouissage, un battage, un cardage, un lavage et un séchage. La fibre de coco est grossière et raide. Une fois les fibres filées et tissées, on fabrique des cordages, paillassons, tapis brosse, tapis de cirque robustes et imputrescibles.

Tapis de sisal et coco.
Echantillons Acanthe-sol.

Le kapok

Dans le kapok, Ceiba pentandra (L.) Gaertn ou Eriodendron anfractuosa DC, (Bombacaceae), c'est la capsule qui fournit un duvet léger autour des graines. L'arbre est le kapokier (anciennement nommé kapotier) qui pousse aux Indes, à Java, en Afrique et en Amérique du Sud.

Un kapotier : Eriodendron anfractuosum, Iles Bahamas.
Gousse d'Eriodendron ouverte à maturité. Les fibres de kapok s'en échappent.
Dessins reproduits du "Traité scientifique et industriel des plantes textiles, Les kapotiers et succédanés, Culture et exploitation", Société de propagande coloniale, publication de la section spéciale des Cultures Coloniales, Paris, 1927.

Les capsules sont ouvertes à la main et égrenées, le kapok est comprimé en balles pour le transport. La fibre est légère, imputrescible et absorbante, utilisée pour le rembourrage des engins de sauvetage (ceintures, gilets, bouées), de vêtements (en Chine), des coussins ou de la literie, l'emballage, ou encore mélangée à du coton pour la fabrication des entre-doublures (ouatine).



Michèle Mosiniak, Roger Prat.

Nous remercions Madame Meriem Kaid-Harche, Professeur à l'Université des Sciences et Techniques d'Oran, Algérie, pour les photographies d'alfa et Acanthe-sol pour les échantillons de revêtements de sol.
Nous remercions M. Fernand Sebbah, dbm-chapelier à Saint Maur ; M. Vincent Mouret, chapelier à Avignon ainsi que Mme Anne Clugnac, maison Ecuador à Nice pour les photographies qu'ils nous ont autorisées à reproduire ainsi que pour les informations qu'ils nous ont aimablement transmises.
Jean Pierre Rubinstein a réalisé les coupes anatomiques et leurs clichés.

Dernières modifications : 23 mai 2005
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