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DU BLÉ AU PAIN
Le blé : les semailles
"Le geste auguste du semeur"
semeuse
 Au champ, le travail commence à l'automne car les variétés les plus utilisées sont des "blés d'hiver" qui supportent bien le froid. Cette aptitude à résister au gel et à la neige explique que le blé pousse bien sous des climats variés et contrastés. Chose remarquable, non seulement il supporte les basses températures, mais celles-ci sont nécessaires au bon développement de la plante. Pendant les mois de repos les germinations, sous l'action du froid, subissent une série de transformations internes qui les rend aptes à monter en fleur au printemps suivant. Sans cette action, le blé d'hiver donnerait très peu ou pas d'épis. Les physiologistes ont donné à cette préparation, à cette acquisition de l'aptitude à former des fleurs par le froid, le nom de vernalisation ou printanisation. La vernalisation a été très étudiée par l'école russe (Mitchourine, Lyssenko) car les très grands froids russes empêchaient les semailles en automne.
Pline l'ancien disait que pendant l'hiver les jeunes plants de blé "se nourrissent de la terre". Il faut comprendre là qu'il s'agit non d'un mécanisme d'absorption ordinaire mais d'une action aérienne presque éthérée au sens antique, relevant de la nature subtile du milieu.
L'acte des labours et celui des semailles commence un calendrier de travail où l'homme sera sans cesse dépendant du rythme de la terre et suivra la courbe des saisons. Rappelons que le poème d'Hésiode, à l'aube de l'histoire grecque, s'intitule précisément "Les travaux et les jours".
Le geste des semailles du blé restera un des plus symboliques de l'homme intégré à la nature. Mouvement régulier comme le balancier d'une horloge, il évoque la mesure du temps, l'union avec le milieu et la ferveur dans la vie future. Geste de toute éternité, c'est plus qu'une technique, c'est un art et un rite. Elan chargé d'émotion que Victor Hugo (Le soir, Les Chansons des Rues et des Bois) a fixé dans la mémoire collective :

pièce semeuse

C'est le moment crépusculaire
J'admire assis sous un portail
Ce reste de jour dont s'éclaire
La dernière heure du travail.

Dans les terres de nuit baignées,
Je contemple, ému, les haillons
D'un vieillard qui jette à poignées
La moisson future aux sillons.

Sa haute silhouette noire
Domine les profonds labours
On sent à quel point il doit croire
A la fuite utile des jours.

Il marche dans la plaine immense,
Va, vient, lance la graine au loin,
Rouvre sa main et recommence,
Et je médite, obscur témoin,

Pendant que, déployant ses voiles,
L'ombre où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu'aux étoiles,
Le geste auguste du semeur.

"L'océan des blés"

 champ de blé  En contrepoint, vient le moment où sous le soleil, la semence venue de la terre mûrit, moment intense et quasi magique qui a été immortalisé par tant de textes ou de chansons populaires.

 

Etoile de la mer, voici la lourde nappe
Et la profonde houle et l'océan des blés
Et la mouvante écume et nos greniers comblés
Voici notre regard sur cette immense chape

Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre
Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux
Mille ans de votre grâce ont fait de ces travaux
Un reposoir sans fin pour l'âme solitaire

 

Mignonne, quand le soir descendra sur la terre
Et que le rossignol viendra chanter encor
Quand le vent soufflera sur la verte bruyère,
Nous irons écouter la chanson des blés d'or ! (bis)

Entends-tu la chanson divine
Que chantent les blés frémissants ?

Charles Péguy, Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres.
Soubise et Lemaître, La chanson des blés d'or.
 

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Michèle Mosiniak, Roger Prat et Jean-Claude Roland
 
Dernières modifications : 01 décembre 2006
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