Accueil B.Mol Gen T.P Web
1
DU BLÉ AU PAIN
Le blé : la plante

Le blé appartient à la famille des Graminées, c'est-à-dire à un groupe de végétaux dont le nom, étymologiquement, signifie "producteur de grains". A cette définition assez vague, les botanistes préfèrent le terme plus précis de Poacées, par référence à un genre très commun dans la nature, le Poa. Cette famille végétale compte environ 2500 espèces répandues pratiquement sur toute la surface des continents. C'est un groupe remarquablement homogène et facile à reconnaître. Les tiges, en particulier, ont un port caractéristique : ce sont des chaumes, cylindriques, souvent creux par résorption de la moelle centrale. Ils se présentent donc comme des tubes cannelés dont l'anatomie est particulière, comportant de longs et nombreux faisceaux conducteurs de sève. Ces faisceaux sont régulièrement entrecroisés et renferment des fibres à parois épaisses de sorte qu'ils renforcent comme des câbles ou des haubans cette structure qui est à la fois résistante et souple, ce qui explique les oscillations des champs de blé au vent.

Les chaumes sont interrompus par des noeuds qui sont une succession de zones d'où émerge une longue feuille, qui d'abord engaine la tige puis s'allonge en un limbe étroit à nervures parallèles. Parmi les autres caractères de cet appareil végétatif, on peut mentionner la concentration dans l'épiderme de multiples amas de silice microscopiques mais très durs (comme du verre). Ils rendent les organes tranchants : on peut se couper facilement en les manipulant sans précaution. Ce fait qui peut paraître anecdotique a une grande importance archéologique comme nous le verrons car ces concrétions dures produisent de fines rayures sur les objets qui ont servi à couper ou broyer les céréales et une formation "lustrée" (le lustrage spéculaire) qui permet de reconnaître les outils préhistoriques qui ont servi pour faire les moissons. Ces concrétions ont laissé aussi des traces et des surfaces d'abrasion sur les dents des premiers consommateurs de blé et permettent de les identifier. Elles laissent en quelques sorte des "signatures" très utiles à l'étude des premières sociétés agraires.

 épis de blé
 épis de blé

Les épis de deux variétés de blé.
L'appareil reproducteur des graminées est aussi spécifique. Il est constitué par des fleurs nombreuses, petites et peu visibles qui ont, au lieu de pétales, des enveloppes membranaires non colorées. Elles sont groupées en épis situés à l'extrémité des chaumes. Après féco ndation, l'ovaire de ces fleurs se transforme en une semence ou "grain" qui a la particularité d'être à la fois un fruit et une graine. Ils se sont soudés l'un à l'autre au cours du développement. On appelle cette semence particulière un caryopse.
 
 épi de blé : schéma
L'épi de blé est formé de deux rangées d'épillets situées de part et d'autre d'un axe. Un épillet regroupe trois fleurs à l'intérieur de deux glumes, chaque fleur est entourée de deux glumelles.
 
 fleur de blé : schéma
Une fleur entourée de ses deux glumelles contient des pièces stériles, les glumellules, trois étamines et un ovaire surmonté de deux syles plumeux. L'ovaire, après fécondation de l'ovule, donnera le grain de blé.
 
 
 grain de blé : schéma
Le grain de blé (ou caryopse de blé) est entouré de deux enveloppes jointives, le péricarpe (paroi de l'ovaire) et le tégument de la graine (paroi de l'ovule). Il contient un embryon et un tissu nourricier, l'albumen.
Un épi mûr de graminée est donc un axe qui porte une série d'enveloppes desséchées - qui fournira la balle après battage - au centre desquelles se trouvent les grains. Chaque grain comporte les enveloppes coriaces du fruit et de la graine qui entourent un petit embryon ou germe en vie ralentie ; ce germe est repoussé sur le côté par un volumineux tissu nourricier formant l'amande chargée de réserves. Ce sont ces substances nutritives qui, dans les conditions naturelles, sont utilisées pour le développement de la jeune plantule lors de la germination et de la reprise de la végétation. Elles sont détournées de leur fonction naturelle et exploitées en céréaliculture pour faire de la farine.

 germination du grain de blé : schéma
Germination du grain de blé : un organe transitoire, le coléoptile, se développe en premier, il protège la gemmule. La première feuille générée par la gemmule croît et perce le coléoptile qui dégénèrera ensuite. Au niveau radiculaire, la jeune radicule perce le coléorhize, d'autres racines primaires se développent (5 au total).
La forte capacité de prolifération de nombreuses graminées et en particulier le rendement élevé des espèces cultivées, comme le blé, proviennent du fait qu'elles sont capables d'associer de façon très efficace la multiplication végétative et la reproduction sexuée. La multiplication végétative résulte de la ramification des bases de tiges au contact du sol, il en résulte un faisceau de chaumes qui, chacun, se termine en épi avec plusieurs dizaines de graines. Dans les conditions favorables, une seule semence peut produire une centaine de nouveaux grains...

 formation du plateau de tallage : schéma
Formation du plateau de tallage : après le début de la germination, l'entre-noeud n° 2 (E2) s'allonge fortement jusqu'à deux cm de la surface. Les entre-noeuds suivants (E3, E4) restent courts. Les bourgeons axillaires formés à l'aisselle des feuilles (F1, F2) se développeront pour donner de nouvelles tiges feuillées, les talles (T1, T2).
Il existe des graminées vivaces et des graminées annuelles. Les espèces vivaces produisent des tiges rampantes qui, périodiquement, sont à l'origine de pousses verticales qui donnent les épis. Elles poussent en touffes enchevêtrées dont l'ensemble constitue un tapis herbacé souvent très dense, ou gazon. Elles forment des prairies naturelles, comme les alpages en montagne, les savanes et pampas en régions tropicales, ou encore les prairies cultivées pour la nourriture des animaux d'élevage. La densité et la vigueur de ces tapis herbacés sont telles qu'elles empêchent le développement d'autres espèces. Certaines graminées vivaces sont de grande taille, comme les bambous utilisés dans certains pays asiatiques pour la construction et l'ameublement, mais la principale vivace industrielle est la canne à sucre dont les chaumes atteignent 5 à 6 mètres. Elles sont cultivées non pas pour les réserves des semences mais pour le saccharose qui se concentre dans la moelle des tiges.
L'importance économique des graminées vient surtout des céréales . Ce sont des espèces annuelles aux grains comestibles. Leur nombre est assez réduit - une petite dizaine - mais leur importance est considérable puisqu'elles comportent le blé, le riz, l'orge, l'avoine, le maïs, le mil, le sorgho, le millet... Et seul le blé donne un produit panifiable grâce à la nature et aux propriétés complémentaires de deux de ses réserves.

 

 

[Haut de la page]

Michèle Mosiniak, Roger Prat et Jean-Claude Roland
 
Dernières modifications : 01 décembre 2006
Tous droits réservés - Biologie et Multimédia - Université Pierre et Marie Curie - UFR de Biologie