L'Hermelle
est un annélide, marin, polychète, sédentaire et tubicole,
c'est à dire un ver formé d'une succession d'anneaux portant
de nombreuses soies et qui vit dans un tube de sédiment sableux aggloméré
par ses propres sécrétions. Les tubes de sable sont droits,
accolés les uns aux autres, ressemblant à des gâteaux
d'abeille et formant des pseudorécifs de masse souvent considérable.
La
sédentarité des polychètes va de pair avec une régionalisation
accrue de leur anatomie. Ainsi l'hermelle présente des régions
spécialisées très marquées. On distingue la région
antérieure spécialisée en opercule destiné à
fermer l'orifice du tube. Le reste du corps est divisé en régions
parathoracique, abdominale et caudale.
En
laboratoire, les animaux peuvent être maintenus dans de l'eau de mer
provenant de stations biologiques marines ou de l' eau de mer artificielle
renouvelée, filtrée et aérée, en circuit fermé.
Dans ces conditions, les hermelles restent matures pendant plusieurs jours,
voire plusieurs semaines. La température optimale d'élevage
est celle de l'eau de mer d'où elles proviennent. Cependant, pour maintenir
les animaux en état de reproduction, il est préférable
de les élever à une température comprise entre 5 et 10°C.
Stades
du développement
Bien
que les ovocytes puissent être fécondés à n'importe
quel moment de la maturation, il est préférable d'attendre son
achèvement car ainsi, les événements de la fécondation
peuvent être observés séparément. Dans ce cas,
l'entrée du spermatozoïde s'effectue en une vingtaine de minutes.
La
chronologie des événements qui suivent l'entrée du spermatozoïde
dans l'ovocyte est alors la suivante.
1- Emission du premier globule polaire.
2
- Emission du deuxième globule polaire.
3
- Formation du premier lobe polaire.
4
- Apparition du premier plan de clivage et réintégration du
premier lobe polaire (stade deux cellules).
5
- Formation du deuxième lobe polaire.
6
- Apparition du deuxième plan de clivage et réintégration
du deuxième lobe polaire (stade quatre cellules).
7
- Poursuite du clivage (par ex: stade huit cellules).
8
- Stade gastrula.
9
- Larve trochophore.
Une
des particularités de certains développements embryonnaires
des annélides et des mollusques consiste en la formation du lobe polaire.
Il s'agit d'une protrusion cytoplasmique qui apparaît au pôle
végétatif de l'oeuf avant la formation du premier sillon de
segmentation et qui est réintégrée dans l'un des blastomères
(blastomère CD) au stade deux cellules. Ce phénomène
se répète au stade suivant mais avec une moindre ampleur. Au
stade 4 cellules, la réintégration du lobe polaire détermine
le blastomère D impliqué dans la formation du mésoderme.
Il
a été démontré chez d'autres espèces que
Sabellaria, que le lobe polaire correspond à une région cytoplasmique
liée au destin du blastomère D et qui contient des déterminants
cytoplasmiques nécessaires au rythme du clivage, à la spécification
de l'axe dorsoventral et à la différenciation du mésoderme.
Ces déterminants seraient liés au cytosquelette cortical.
La
succession des stades précoces du développement est résumée
dans la spirale ci-dessous.
(Pour
voir les images agrandies et leurs légendes, cliquez sur les vignettes)
Protocole
expérimental
Pour
réaliser la fécondation artificielle, le protocole est le suivant.
L'extraction
des animaux de leur tube de sable s'effectue en émiettant les blocs
de sable aggloméré en pleine eau.
Les
hermelles libérées sont récoltées et placées
séparément dans des boîtes de Pétri remplies d'eau
de mer.
L'observation
est facilitée en plaçant les coupelles sur un fond noir ou de
couleur foncée. De cette façon, on peut distinguer les mâles
blanchâtres des femelles rouge-violacé La ponte et l'émission
des spermatozoïdes sontgénéralement provoquées par
le stress de l'extraction, aussi, les animaux une fois placés dans
les boîtes de Pétri émettent-t-ils spontanément
leurs produits génitaux que l'on distingue nettement sur fond noir.
La
mobilité des spermatozoïdes peut être vérifiée
entre lame et lamelle au microscope à un fort grossissement au contraste
de phase. Eventuellement, l'activation des spermatozoïdes peut être
facilitée dans de l'eau de mer supplémentée en EDTA (Ethylène
Diamine Tétra Acétate) à raison de 0,001 molaire, pH
8.2 (ajusté avec KOH mol.L-1).
Il
ne reste plus qu'à prélever, avec une pipette Pasteur, les ovocytes
et les spermatozoïdes émis sur le fond d'une coupelle contenant
respectivement une femelle et un mâle.
Il
est recommandé de diluer le prélèvement spermatique de
telle manière qu'une goutte de prélèvement soit répartie
dans un volume de 30 à 50 ml d'eau de mer. Cette précaution
permet d'éviter une éventuelle polyspermie.
Les
gamètes sont réunis dans une goutte d'eau de mer sur une lame
histologique.
Une
lamelle histologique est appliquée sur la goutte d'eau de mer après
avoir pris la précaution de garnir chaque angle de la lamelle avec
une cale de plastiline. Par son épaisseur et sa souplesse, la plastiline
maintient un espace qui forme une chambre d'observation entre la lame et la
lamelle. Cet espace évite l'applatissement voire l'écrasement
des ovocytes.
On
peut aussi utiliser des lames histologiques garnies d'une cupule creusée
dans l'épaisseur du verre. Dans ce cas, les cales en plastiline de
la lamelle ne sont pas nécessaires.
L'observation
du développement s'effectue au microscope à lumière transmise
sous un grossissement compris entre X4,5 et X16.