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Guy Echallier
Macroures
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Les Décapodes (5 paires de pattes) comprennent les Natantia (crevettes) et les Reptantia (Macroures, Brachioures et Anomoures)

Chez les Macroures, on distingue, aujourd'hui,  les Homards et Ecrevisses ( =Astacidea), avec leurs fortes pinces, des Langoustes (= Achelata) qui en sont dépourvues ; de plus le développement direct ou, du moins, les stades larvaires relativement "condensés" des premiers contrastent avec les étapes planctoniques multiples et bien particulières des seconds.

Vous pouvez entrer directement dans ce dossier par un animal bien connu ou suivre ci-dessous l'étude scientifique du groupe
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1 - ASTACIDEA

5 ECREVISSE       

Les Ecrevisses sont  le type même  de ce groupe et lui ont donné son nom, puisque les espèces les plus répandues dans les lacs et rivières d’Europe appartenaient  au genre Astacus : A. astacus (ou nobilis) = Ecrevisse à pattes rouges et  A. pallipes (=à pieds blancs) ; mais  aujourd’hui domine un  genre américain envahissant,  Cambarus affinis).

MORPHOLOGIE

-  Le corps de l’Ecrevisse  est trapu, avec sa solide carapace  céphalo-thoracique où des sillons marquent nettement les frontières tête- thorax et corps- chambres branchiales;  en avant, un rostre assez court, de belles antennes et des yeux pédonculés.                                                                                                      
- La  première paire de pattes constitue de fortes pinces, dissymétriques car spécialisées ; mais les 2 paires suivantes présentent  également de  petites pinces, tandis que les 2 dernières s'achèvent en griffes.                                           
- Dissimulées  dans les chambres branchiales, mais fixées sur la base des pattes (podo et arthrobranchies); les branchies appartiennent,  dans ce groupe,  à un type particulier : filamenteuses ou trichobranchies.                                                                                                              
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L'abdomen, est évidemment bien développé , comme chez tous les Macroures, et se termine par un éventail caudal,  formé par le telson et les 2 uropodes ; les violents coups de queue assurent des sauts rétrogrades, par saccades.  Les pléopodes sont biramés, servant principalement chez les femelles à porter oeufs et jeunes ; dans le cas des mâles , les 2 premières paires sont spécialisées en structures copulatrices , ou gonopodes, au contact direct des orifices mâles; tandis que chez les femelles les appendices de ces mêmes segments sont très réduits ou absents.

PRINCIPAUX  ORGANES

L’Ecrevisse étant un matériel de dissection classique, au cours d’études zoologiques, il paraît intéressant  d’évoquer succinctement les principaux organes :                                          
- Tube digestif : un court œsophage vertical ; poche stomacale importante,  dont la cuticule calcifiée forme un « moulin gastrique » complexe pour broyer les aliments ; une paire de glandes (hépato-pancréas) formées de très nombreux tubules courts(coecums) se déversent au-delà de la valvule pylorique ; enfin un intestin , rectiligne  tout  le long de l’abdomen et se terminant à l’anus (qui s’ouvre  à la face ventrale du telson) .                                                                     
- Coeur et vaisseaux : le sang est principalement contenu dans de vastes sinus, entre les organes ; mais il est brassé par un  appareil circulatoire, comportant  une pompe, le cœur, ouvert par de petites ostioles sur une vaste lacune péricardique et qui alimente quelques grandes artères dont les ramifications sont basiquement  métamériques. On distingue essentiellement  deux artères médianes longitudinales, l'une dorsale (aorte abdominale) , l'autre ventrale; une artère sternale plonge d'abord verticalement, puis, sous la chaîne nerveuse, se divise en deux branches de trajet longitudinal, appelées, vers l'avant  l'artère maxillo-pédieuse et vers l'arrière, l'artère abdominale ventrale...                                                                                   
 - Appareil excréteur : correspond à deux petites structures symétriques, dans la région antérieure de la tête et c'est ce qu'on appelle traditionnellement les glandes vertes : divers segments tubulaires, spécialisés dans l'élimination des déchets azotés  ou dans la récupération des sels minéraux sont compactés en une petite galette basale ; au dessus, une vessie s'ouvre à la base de l'antenne...                                                                                                         
- Appareil reproducteur : les gonades ont, dans les deux sexes, fusionné en une masse unique, symétrique et trilobée (en Y) :  l'ovaire est reconnaissable au bombement en surface des nombreux ovocytes en maturation , d'un brun noirâtre; il en part 2 courts oviductes débouchant sur l'article de base des Pe3   ; au contraire, chez le mâle, c'est après de nombreuses circonvolutions que les longs canaux déférents aboutissent aux orifices sexuels, à la base des Pe5, càd à portée des gonopodes( pléopodes1 et 2 transformés, cf  ci-dessus).                                                                                                   
- Système nerveux (de la Langoustine, car, en raison de l’allongement général de son corps, c’est cet animal qui est généralement préféré pour l’étude du SN des Décapodes Macroures).  Il s’agit - comme chez tous les Arthropodes - d’une double chaîne ganglionnaire ventrale, comportant théoriquement  une paire de ganglions par métamère ; ceux-ci sont unis par un cordon nerveux transversal («  commissure ») et joints aux paires ganglionnaires adjacentes par des cordons longitudinaux (ou  « connectifs ») ; c’est la disposition typique en échelle de corde . Mais il intervient , selon l’organisation du corps, des fusions : par exemple, les ganglions céphaliques antérieurs à la bouche (et se retrouvant donc en position dorsale) se regroupent en deux masses ganglionnaires symétriques (abusivement appelées  « cerveau ») et reliées  à la suite de la double chaîne par un « collier péri-oesophagien ». De même, chez le modèle étudié, les ganglions abdominaux  de chaque paire  et leurs cordons connectifs fusionnent en une sorte de corde à nœuds (impaire en apparence).

BIOLOGIE et REPRODUCTION

Les Ecrevisses vivent  en eau douce - dans des étangs ou rivières lentes et peu profondes -  creusant des terriers sur les berges.
A l'automne, on assiste à de véritables accouplements - ventre à ventre  - le mâle renversant, de force, sa partenaire;  puis, celle-ci se réfugie dans une étroite galerie  où elle hibernera ; la ponte intervient avant Noêl et  ces oeufs, noîrâtres au départ,  resteront agglutinés aux pléopodes maternels (dont l'agitation en  assure  l'oxygénation), pendant  la longue incubation hivernale ; éclosion vers la mi- mai).                                                      
- Le développement est direct , et c'est par leurs grandes pinces, fort aigües, que les jeunes (taille 1,5cm)  se cramponnent aux pléopodes maternels, du moins pendant quelque temps... Croissance par mues successives...

AUTRES TYPES :

6 HOMARD       

Est-il nécessaire de rappeler qu’il s’agit de formes marines, se dissimulant dans les anfractuosités de côtes rocheuses.                                                                                                         
- Lorganisation générale du corps
est très semblable à celle des écrevisses : même nombre de segments ; tête et thorax  rassemblés en un céphalothorax,  sous une carapace solide ; lui fait suite  un abdomen , nettement segmenté et musculaire,  se terminant par un éventail caudal ;  même types d’appendices, et notamment 3 paires de maxillipèdes et par conséquent 5 paires de pattes ambulatoires. Une caractéristique, cependant  - au reste bien connue et appréciée de tous :  le développement remarquable de la paire de pinces de leurs pattes antérieures. Rappelons également la modification, chez le mâle, des premiers appendices abdominaux en organes copulateurs et la position typique des orifices génitaux : à la base de P5 chez le mâle et de P3 chez la femelle.    

- Reproduction
Au cours d'un véritable accouplement (ventre à ventre) entre une femelle "molle" (qui vient de muer), et un mâle à carapace "dure", les spermatozoïdes, groupés en spermatophores , sont stockés dans un réceptacle séminal maternel ; ce n'est qu'au moment de la ponte  (printemps ou l'été, pour notre Homard bleu), que les oeufs seront fécondés et  fixés par la femelle sur ses appendices abdominaux ;  leur incubation , relativement longue, donnera naissance à des larves, que l'on continue fréquemment d'appeler "mysis", mais qu'on ferait mieux de désigner sous le terme plus général de "zoés" : après une vie planctonique d'un mois, et seulement 4 mues (on parle de développement "condensé" ou" abrégé"), les individus, bien qu'encore minuscules,  acquièrent  l'apparence et une activité benthique de petits homards. Il leur restera à grandir par mues. La maturité sexuelle ne serait atteinte que vers les 4 ans, ce qui complique beaucoup les tentatives d''élevage.                                                                                         
Le Homard pourrait vivre quelques 50 années  et on aurait pu observer des sujets atteignant  plus d'1mètre...                                                 

- Comparaison morphologique entre Homard européen (Homarus vulgaris) et Homard américano-canadien (Homarus americanus) :
la distinction mérite d'être faite, car notre "grand Bleu"serait très supérieur sur le plan gastronomique (chauvinisme?...) : Outre sa teinte plutôt brunâtre, l'américain  peut être identifié 1/par ses pinces nettement plus larges et aplaties  2/ par l'existence de une ou plusieurs épines sous son rostre.

7 LANGOUSTINE

Ce terme désigne , en France, l'espèce  Nephrops  norvegicus ; son  épithète scientifique, comme il est fréquent, ne rend nullement compte de sa distribution géographique, car on pêche l'animal  (par chalutage ou pièges) en bordure du plateau continental, dans tout l'Atlantique Nord-Est,  comme en Méditerranée.  Les Langoustines   peuvent nager grâce à leur long  abdomen musculaire et leur éventail caudal, mais, le plus souvent, elles marchent sur le fond sablo-vaseux( cf "la grande Vasière" de Guilvinec en Bretagne sud),  où elles se protègent dans des sortes de terriers ; se nourrissent de petits vers et crustacés.
Le genre appartient clairement  à la coupure  des Macroures à fortes premières pinces,  mais  la paire en est ici particulièrement allongée, comme, du reste le corps tout  entier  qui donne une certaine impression de gracilité.                                                                                                        
Chaque  Langoustine  femelle pondrait, chaque année, 1000-4000 oeufs par an , ce qui engendre d'importantes populations  et rend compte de leur fréquence sur nos marchés.

2 - ACHELATA

       Comme il a déjà été précisé, Langoustes et  Scyllares,  à la différence des Ecrevisses, Homards, etc , ne présentent  pas de  grosses pinces  à  leur première  paire de pattes ; d’où leur désignation d’Achelata (= sans pince).
Autre distinction importante de ce groupe : les étapes larvaires débutent par des  stades  planctoniques particuliers (phyllosomes).

MORPHOLOGIE

L'organisation des langoustes reste tout à fait caractéristique  des Décapodes :                                                                         
- Une épaisse carapace, incomplètement cylindrique et fortement minéralisée, protège les segments céphaliques (5) et thoraciques (8),tout en recouvrant latéralement les chambres branchiales. Pas de rostre caractérisé mais  un front orné d’épines ou de cornes,  plus ou moins fortes (très utilisées en Systématique). Parmi les 5 paires d’appendices céphaliques, on doit insister sur le grand  développement de la 2ème paire d’antennes , plus longues, ici, que l’animal entier…                                                                                              
- Au-delà des 3 premiers paires de péréiopodes transformés en pattes mâchoires, on observe  les 5 paires caractéristiques de pattes ambulatoires ; mais, comme l’indique l’actuelle désignation de ce groupe, il n’y a pas, ici, des pinces spectaculaires, comme chez les Homards et Ecrevisses ; la 1ère paire reste néanmoins plus forte, en griffes ou pseudo-chélipèdes.                    
- L’abdomen (improprement appelé « queue ») est puissant (2339C) : symétrique , bien segmenté et très musculaire, il permet à l'animal , en se repliant et s'étendant brusquement, de se déplacer par bonds rétrogrades … ; d’autant plus que de robustes uropodes forment avec le telson un efficace éventail caudal  qui aide le pilotage. Les autres pléopodes servent surtout à la fixation des œufs, chez la femelle.

DEVELOPPEMENT  LARVAIRE

Les œufs  sont donc accrochés,  par dizaines de milliers, aux pléopodes sous l’abdomen maternel et leur fécondation est externe.
Contrairement aux Astacidea (Homards, Ecrevisses) qui connaissent un développement relativement "condensé", le développemt est, ici, très indirect , en ce sens qu'il  comporte, au départ,  des formes larvaires planctoniques extrêmement spécialisées, appelées « phyllosomes » : leur corps est aplati et translucide (comme une feuille, en effet). Après une croissance, en une dizaine de mues, ces larves subissent une véritable métamorphose, débouchant sur  une étape dite « puerulus »,  qui évoque alors  le futur adulte et gagne un habitat benthique.

PRINCIPAUX TYPES

8 LANGOUSTES  

On en pêche sur les côtes rocheuses de tous les continents, où leur chair est unanimement appréciée ; les espèces, voire les genres, en sont très divers… On les pêchent au casier ou au filet trémail.
Sur le marché français, on rencontre principalement :  
1- la Langouste rouge (Palinurus vulgaris  ou, pour mieux respecter les règles taxinomiques, P. elephas, souvent appelée la « Royale », car c'est la plus estimée (jusqu’à 50cm et 4kg) vit dans une anfractuosité rocheuse de la côte, jusqu’à des fonds de 20m ; devenue rare sur la côte Atlantique, elle se pêche surtout en Méditerranée.  Larve Phyllosome planctonique typique.  
2- la Langouste  rose de Mauritanie (Palinurus mauritanicus), qui vit plus profond.
3- la Langouste épineuse du Chili (Projasus sp.)

 9 SCYLLARES (ou Cigales de Mer)

 Au  contraire des Langoustes, les Scyllarus ont des antennes très courtes et trapues, à l’extrémité terminée en pelle ; corps nettement aplati.
Il en existe 2 espèces, dans les herbiers méditerranéens: une petite et une grande (comestible et même très appréciée)
Leur larve est également un phyllosome.

PHYLLOSOMES GEANTS               

On a rencontré  parfois, dans le plancton, des exemplaires géants de ce type larvaire si caractéristique ; espèces non identifiées à ce jour.   

                        

 

avec l'aide du CTPI (Philippe Nguyen)

Mise en ligne : Véronique Vonarx

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Mise en ligne : décembre 2013
Dernière modification :
20 décembre 2013